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Etoile Notre Dame

« Allez de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19)

"Je suis l'Immaculée Conception"

Bien après la quinzaine des apparitions, trois dernières visites de Marie vont clôturer les évènements de Massabielle, par la révélation du nom d'Immaculée Conception, le 25 mars, et les deux visites du 7 avril et du 16 juillet, silencieuses comme aux premiers jours. 

Au jour de l'Annonciation, ce n'est qu'à la quatrième demande de Bernadette que Marie révèle son nom. Aussitôt, la jeune fille court chez Monsieur le Curé, lâchant d'emblée : « Je suis l'Immaculée Conception ! » 
On raconte que lorsque le Pape Pie IX eut connaissance de ces paroles, il en pleura, lui qui avait proclamé le dogme de l'Immaculée Conception quatre ans auparavant. 
Il nous faut découvrir dans ces paroles ce qui a pacifié le cœur de l'Abbé Peyramale puis du Saint-Père, et qui a résonné dans le cœur de Bernadette pendant toute une vie, donnant à l'Église entière la solution de l'énigme qui était en train de se jouer à Massabielle. 
Bernadette, en cette matinée du 25 mars, n'est pas en mesure de peser tout le poids de ces paroles. «Sais-tu ce que ça signifie?» lui demande l'Abbé Peyramale, «Non, répond-elle, Immaculée, c'est quelque chose de pur, sans tache!» Elle est bien incapable de répondre que «conception», c'est quelque chose en train de naître entre deux parents, dans l'embrassement de l'amour, dans l'embrasement de l'amour. 
Immaculé, pour Bernadette, sans hésitation, c'est le sourire de Marie, sans tache. Transparence de la jeunesse du visage de la Vierge et de son cœur étranger à toutes les manipulations des hommes, des adultes. Cœur neuf dans un visage neuf. 
Ce sourire ne cherche pas à prendre possession des personnes, ni même à attirer à soi, mais à Dieu. C'est bien la chasteté de Marie qui transparaît en lui. 
Tout cela est immaculé, c'est une beauté qui dépasse de loin celle qu'on rencontre dans les revues et les salons, beauté qui dépasse l'esthétique, car elle est la vitrine, le visage d'un amour virginal, sans recherche de soi-même. Ici, il n'y a aucun maquillage qui cherche à mettre en relief tant soit peu ni les yeux ni les lèvres, ou aucune poudre qui prétende dissimuler les boutons ou les rides d'un visage. Les adultes disposent de tellement d'artifice pour tenter de recréer une beauté qui a disparu! Le visage de Marie n'a rien de tout cela. Elle n'a besoin ni de maquillage ni de poudre pour cacher des rides qui n'existent pas. 
Pur reflet de ce qui est en Dieu, cette transparence reflète aussi la compassion de Dieu pour les pécheurs, par la tristesse qui envahit le visage de Marie chaque fois que celle-ci évoque leur nom. 
C'est sans doute tout cela que Bernadette pressent dans le nom d'Immaculée. 

Et «Conception»? C'est ce qui arrive entre deux personnes qui s'aiment et ne font plus qu'un par l'amour. C'est un jaillissement de vie entre deux personnes. 
Et voici ·que Marie dit : «Je suis l'Immaculée Conception! » Elle ne dit pas : «l'ai été conçue sans péché», même si cela est vrai aussi, mais ce qu'elle dit à Massabielle est beaucoup plus. Elle ne fait pas allusion à un évènement passé, tant d'années auparavant dans le sein d'Anne, par l'action,de Joachim. 
Elle dit : «Je suis l'Immaculée Conception.» Cela veut dire qu'elle est un jaillissement de vie, qu'elle ne vieillit pas, qu'elle ne prend pas d'années, car elle est continuellement conçue par le Père et le Fils. 
La Trinité sainte veut en effet une Mère Immaculée digne du Fils et qui Lui soit associée dans la grande œuvre de la Rédemption et la marche de l'Église «en procession» vers le Royaume. 
Le Père ne cesse pas de concevoir Marie pour qu'elle soit la mère de son Fils. Elle est continuellement conçue dans cet embrassement du Père et du Fils. Le Père donne à son Fils une Mère, une Épouse, une «Isha ». L'Esprit Saint descend dans cet embrassement d'amour et fait jaillir la Conception Immaculée. 
La vie chrétienne n'a rien à voir avec cela. Au noviciat, la personne apprend à laisser jaillir une source conçue en elle par la fécondité du Saint-Esprit.
Le fruit de toute initiation chrétienne n'est pas une photo figée, congelée. Il n'y a plus aucun jaillissement de vie dans une photo. Il n'yen a pas davantage dans un film, qui n'est qu'une suite de photos mortes, avec une apparence de vie. 
Le fruit de l'initiation chrétienne, c'est un jaillissement, de sorte que la personne soit continuellement conçue et neuve, à la façon de la source. 
Si ce n'est pas une photo, alors à quoi peut être comparé le fruit de l'initiation chrétienne? Quelque chose qui ne soit pas figé comme la photo, ni répétitif comme le film qui ne change jamais ... 
La conception continuelle est comme le miroir. En lui, l'image est continuellement conçue, renouvelée et vivante. 
Il importe de comprendre que, nous aussi, avons été conçus et devons l'être continuellement, dans la nouveauté du Saint-Esprit. 
Nous avons été conçus dans le sein de notre mère terrestre, mais nous devons être conçus continuellement dans ce jaillissement de l'Esprit Saint qui nous refait. 

Car le péché fait qu'une fois jaillissante, la source que nous sommes devienne sale, boueuse, polluée. Nous avons besoin d'être de nouveau conçus, pour qu'un nouveau jaillissement de vie se produise, en toute pureté. D'un sol très boueux et souillé, l'Esprit Saint sait faire jaillir une source très pure. À Lourdes, de la vieille humanité salie par le péché, Dieu fait jaillir une nouveauté qui est toute transparence. Et pas seulement un jour, en attendant que revienne la pollution, mais continuellement, la source jaillira sans se laisser souiller, ni assécher. 
Marie est ainsi miroir vivant, non pas photo, ni film. Miroir infiniment pur qui laisse à chaque instant se refléter à l'extérieur d'elle-même ce que Dieu est en elle, qui laisse transparaître Dieu en elle, en toutes les situations humaines, joyeuses, douloureuses ou glorieuses de son existence. 
C'est ce qui explique que son sourire puisse avoir des , significations différentes selon les circonstances, mais n'être continuellement qu'un reflet très pur de ce qui est éternellement en Dieu. Ainsi, qui voit Marie rencontre Dieu. 
Ce n'est bien sûr pas comme en Jésus-Christ qui n'est qu'un seul être avec le Père, dans la dualité des personnes. En Marie, cela s'explique par la totale livraison constante de soi à ce que le Père veut réaliser en elle, à chaque instant. 
Une photo vieillit, l'image d'un miroir jamais. Il donne l'image de la personne qui s'y reflète à l'instant. Lorsque Marie dit: «Je suis l'Immaculée Conception», c'est sa façon de dire qu'elle est conçue à chaque instant pour refléter Dieu, 1 de façon immaculée. 


Pour être continuellement conçu, le chrétien doit laisser advenir à chaque instant ce que le Père est en train de concevoir en lui, dans ce regard d'amour, dans cet embrassement, et cet embrasement où il est pris entre le Père et le Fils, qui s'appelle l'Esprit Saint. 
Cela s'appelle «vivre dans l'Esprit Saint», vivre dans cette fécondité que l'Esprit Saint est capable d'avoir en nous, et qui nous fait engendrer les attitudes qui sont celles du Fils  Bien-Aimé, Jésus. 
La définition dogmatique du Pape Pie IX a bien mis en évidence que ce privilège de l'Immaculée Conception est donné à la Vierge Marie en vertu et en vue de la Maternité divine. 
C'est par la puissance de la Rédemption opérée par Jésus que Marie est préservée de l'héritage du péché, elle est rachetée avant d'être touchée. 
C'est en vue de son rôle de Mère que le Père lui octroie ce privilège, en toute gratuité. Il veut donner à son Fils incarné une Mère digne de Lui. Comment Marie peut-elle être digne si elle ne reflète pas, avec toute la perfection possible en cette terre, le Père qui éternellement engendre le Fils? 

Le visage de Marie doit être, pour Jésus, le miroir dans lequel le Père éternel se reflète en une image sans tache. Comme l'Amour éternel du Père engendre le Fils dans l'Esprit Saint, Marie est faite Mère de ce même Fils incarné par l'opération de l'Esprit Saine. 

Paul dit aux Éphésiens qu'ils sont faits pour vivre «saints et immaculés dans l'amour ». Marie l'est pour ne pas avoir été souillée. Dans sa première conception, dans le sein d'Anne, elle a été préservée et sanctifiée, puis elle est restée immaculée. Le chrétien est immaculé parce qu'il est lavé. 
Lavé dans le Baptême, et continuellement conçu, le chrétien ne vieillit jamais, il est toujours renouvelé, il devient à son tour «Immaculée Conception ». 
Au terme de tout cet itinéraire que Bernadette est en train de parcourir, au fil des apparitions, on perçoit ce qui est en jeu. 
La révélation du Visage de Dieu à travers le sourire de Marie a apprivoisé Bernadette et a suscité son consentement le plus libre, celui de l'amour. 
Elle entre progressivement dans une vie qui ne lui appartient plus parce qu'elle est entièrement livrée à l'action de l'Esprit Saint en elle. 

Il restait à Bernadette à découvrir le terme du voyage, ce vers quoi elle s'est mise en chemin. En effet, la vie chrétienne, la vie dans l'Esprit Saint n'est pas une marche dans l'ignorance totale du terme. Marie représente pour l'Église la perfection vers laquelle Dieu l'entraîne, la femme livrée à l'amour de Dieu agissant dès ici-bas dans la nature humaine pour la glorifier. Pour le chrétien, le terme est déjà en vue. Un jour, il dira- lui aussi en toute vérité: «Je suis l'Immaculée Conception». 

Commentaires

13/12/2017 - Père Louis

Je retiens de cette belle méditation l’appel à « vivre dans l’Esprit Saint » : D’abord : « Il importe de comprendre que, nous aussi, avons été conçus et devons l'être continuellement, dans la nouveauté du Saint-Esprit. Nous avons été conçus dans le sein de notre mère terrestre, mais nous devons être conçus continuellement dans ce jaillissement de l'Esprit Saint qui nous refait. » Et aussi : « Pour être continuellement conçu, le chrétien doit laisser advenir à chaque instant ce que le Père est en train de concevoir en lui, dans ce regard d'amour, dans cet embrassement, et cet embrasement où il est pris entre le Père et le Fils, qui s'appelle l'Esprit Saint. Cela s'appelle « vivre dans l'Esprit Sain t», vivre dans cette fécondité que l'Esprit Saint est capable d'avoir en nous, et qui nous fait engendrer les attitudes qui sont celles du Fils Bien-Aimé, Jésus. »