Ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ - fête de saint Jérôme - Mgr Lafont

Texte écrit à partir d’une conférence lors de la session d’été à Paray Le Monial du 1er au 6 août 2015.
Paru dans la revue 244

"(…) C’est quand même extraordinaire. Quand j’étais à Soweto, si je rencontrais quelqu’un le dimanche avec une Bible, je savais que c’était un protestant.

Dieu a pris la peine de venir nous parler, alors que tout parle de Dieu dans l’univers. La Création par sa beauté parle de la beauté de Dieu. L’extraordinaire intelligence des cycles biologiques parle de l’intelligence de Dieu, de la Sagesse de Dieu. Sa bonté parle de la bonté de Dieu. La beauté d’un visage humain parle de Dieu. Vous êtes chacun d’entre vous une icône de Dieu. Un visage est un bouquin : on y lit l’angoisse, la joie, la paix, l’espoir, la détresse, le désir. Bien que tout nous parle déjà de Dieu, nous sommes comme ceux dont parlait Mgr Sentier : « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » C’est ainsi qu’au lieu de louer le Seigneur pour le soleil, la lune et les étoiles, on en a fait des idoles. 

Dieu est venu nous parler
Nous sommes le fruit d’un amour, d’un projet. Je suis là parce que Dieu m’a aimé de toute éternité et qu’Il veut me conduire au bonheur. Dieu l’a dit de multiples manières et sa Parole a été mise par écrit. Nous l’ignorons. Faut-il quand même être idiot !

La Parole de Dieu ce n’est pas seulement la Bible, c’est le Verbe, c’est le Christ qui dépasse la Bible de tous les côtés.

Dans l’Ecriture, nous avons tout ce qui est nécessaire pour connaître Dieu, pour nous connaître, pour savoir d’où nous venons, où nous allons et savoir comment y aller. C’est pourquoi, il est essentiel de lire l’Ecriture. Voila pourquoi saint Jérôme a pu dire : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ », en parlant de toute l’Ecriture, l’Ancien et le Nouveau Testament. Jésus parlait des Ecritures. Il ne parlait pas du nouveau Testament qui n‘était pas encore écrit. Il parlait de Moïse, de la loi et des prophètes, des sages et des psaumes.

Quand Jésus a rattrapé les deux disciples d’Emmaüs, ils repartaient tête basse, le jour de Pâques, désespérés. Ils revenaient chez eux avec un rêve brisé à tel point qu’ils n’ont pas reconnu Celui qui se mettait à marcher à côté d’eux. Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître, parce que pour eux la croix était un désastre, une catastrophe, la Bérésina. Dans ces conditions, ils n’étaient pas aptes à  reconnaître le Christ vivant. Jésus leur dit : « Esprits lents à croire ce qu’ont dit Moïse et les prophètes et reprenant toute l’Ecriture il leur expliqua qu’il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire. »

Vous êtes-vous demandé quel passage de la Bible il est allé prendre pour expliquer cela ? 

Il a dû parler du sacrifice d’Abraham, d’Isaac, cette prophétie d’un père qui laisserait l’humanité prendre son fils et qui par ce fils sauverait le monde. 

Il a dû reprendre avec eux l’histoire extraordinaire de Joseph (Gn 37-49) que je ne me lasse pas de relire, tellement c’est beau. Ce gamin, onzième de douze, un peu arrogant au début avec ses rêves : “Vos gerbes se sont prosternées devant la mienne, le soleil, la lune et les étoiles se sont prosternés devant moi.” Dieu va le buriner, le purifier à travers cette vente comme esclave ; cette épreuve chez Putifar ; cette manière qu’il a eue de garder confiance en Dieu jusqu’au jour où il est devenu le premier ministre, l’homme le plus puissant d’Egypte, après Pharaon. Lorsqu’il se laisse reconnaître par ses frères après s’être assuré que leur cœur avait changé, il dit : « C’est pour cela que le Seigneur a permis que vous me vendiez, pour que je puisse vous assurer à tous et à mon père de quoi vivre sur cette terre. »

Et bien d’autres passages...

Le Christ, par l’Ecriture a permis à ses deux disciples de découvrir que, non, la mort du Christ n’était pas une catastrophe, c’était l’amour  porté à son extrême : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

De cette façon ses apôtres sont passés du désespoir à l’espérance. Il les a rendus capables de le reconnaître à la fraction du pain. S’il n’y avait pas eu l’Ecriture, ils n’auraient pas vu le Christ dans ce pain partagé chez eux. D’ailleurs ils ne L’auraient même pas invité à rester chez eux.

Dans tout l’Evangile, le Christ ne cesse pas d’utiliser l’Ecriture. Chaque fois qu’Il répond au diable, c’est avec l’Ecriture. Quand Il est harcelé sur la question de la résurrection et de tant d’autres, c’est par l’Ecriture qu’Il leur répond. Ignorer les écritures, c’est ignorer le Christ !

On peut comprendre que cette Parole de Dieu, il faut la labourer. 

Comment lire la Bible ?
 « La Parole de Dieu demeure pour toujours. Ma Parole ne remonte jamais vers moi sans avoir produit du fruit. » (Is 40 ; 55)

Je ne connais rien de plus fort que la Parole de Dieu. Comme  je prie pour que tous les prêtres aient toujours la Bible dans leur poche ! Que chaque fois que nous sommes avec vous pour parler, ce ne soit pas nous qui répondions mais la Parole. Nous ne sommes pas envoyés pour proclamer le catéchisme ou le droit canon ou les rituels. Nous sommes envoyés proclamer la Parole qui a une puissance totalement inégalée.

 

J’ai fait des études d’écriture sainte à Rome. Je garde un souvenir formidable. Mais ceux qui m’ont le plus aidé à comprendre l’Ecriture ce sont les jeunes travailleurs, les jocistes. J’ai reçu des coups de bâton quand bardé de toutes mes études d’hébreu, d’araméen, de je ne sais quoi, de grec et d’autres choses, je m’asseyais à côté de jeunes apprentis. Ils prenaient la Bible, la lisaient dans un tel lien avec leur vie, sans se poser les questions que les intellectuels se posent : c’est quoi un démon ? est ce que ça existe vraiment ? Pour eux le démon c’était les conditions de travail, les difficultés de vivre...

Quand je vais dans les familles, souvent je leur demande leur Bible. Ils me demandent comment la lire. Il faut la lire à genoux, en prière. C’est l’Esprit Saint qui nous ouvre à l’intelligence des écritures.

 

L’attitude spirituelle pour entrer dans l’Ecriture est la suivante. (Diacre du IVe) 
« Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de Tes paroles Seigneur. Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons. Comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Le Seigneur a coloré sa Parole de multiples beautés pour que chacun de ceux qui scrutent puissent contempler ce qu’ils aiment. Dans sa Parole, Il a caché tous les trésors pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite. La Parole de Dieu est un arbre de vie qui de tous côtés te présente des fruits bénis. 

Celui qui a soif se réjouit de boire mais il ne s’attriste pas de ne pas épuiser la source. Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si au contraire, en te rassasiant tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur. Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part et ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n’as pas pu recevoir aussitôt à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères. N’ai donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait ce qui ne peut être pris en une fois et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d’absorber peu à peu. »

 

En France, avec les prêtres de mon époque, nous avons manqué le coche. On a fait des cercles bibliques et les gens se disaient : « Mon Dieu ! Si je ne connais pas l’Hébreu, s’il n’y a pas un prêtre pour me dire comment je dois lire la Bible, c’est impossible ! » On a donné une telle image de la Bible que les gens ont cru que c’était trop compliqué.

Je me disais que ces gens ressemblaient à ces insectes qui rentrent dans votre chambre. Ils ont tout l’espace mais ces imbéciles viennent buter à la lampe jusqu’à ce que ça leur grille les ailes. Ou bien ils se cognent contre la fenêtre, jusqu’à ce qu’ils se brisent le nez. J’ai envie de leur dire : « Mais tu as tout l’espace ! » Beaucoup de chrétiens sont un peu comme ça. On lit un texte, il y a un mot qui nous choque et c’est fichu. Au lieu de lire tout ce qu’on comprend, de se réjouir de ce qui nous parle, on butte sur le mot, la phrase qu’on ne comprend pas et on se dit : « C’est terminé ! » 

Saint Ephrem en parlant de la Bible dit qu’elle contient tous les trésors pour que chacun trouve Celui qu’il aime.

Il faut lire la Bible suffisamment pour arriver au mot, à la phrase qui me touche. Là je dois demeurer, car là le Seigneur va me parler. Tout le reste c’est mon héritage et si je ne comprends pas tout, ce n’est pas grave.

« Dieu dit au prophète prends le livre et mange. » (Ez 3,1) La Parole de Dieu on doit la manger, pas seulement une fois mais deux fois, trois fois, cinq fois, jusqu’à ce que ce passage-là, je commence à le goûter. 

Il y a une parole dans la Bible qui est essentielle : « Ecoute Israël, le Seigneur ton Dieu est unique ». (Dt 6,4)

Dans l’évangile selon saint Matthieu, au moment du baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-Le »

Sur le mont Thabor, au moment de la Transfiguration, lorsque Elie et Moïse se retirent et que la voix descend du ciel en s’adressant à Pierre, Jacques et Jean : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-Le »

Les pères de l’Eglise disaient : « Quand tu pries tu parles à Dieu ! Quand tu lis la Bible, Dieu te parle. »

Il y en a qui fatiguent tellement le Bon Dieu avec leurs prières, comme s’ils apprenaient quoi que ce soit à Dieu ! On ne Lui apprend rien. Ecoute et repose-toi sur la Parole. Si tu as demandé à l’Esprit Saint de te faire entrer dans la Parole, tu verras.

Une brésilienne va voir son curé et lui dit :  « - Donne-moi une Bible ! - Non !

- Pourquoi tu veux pas ? - T’en as déjà une et tu sais pas lire ! - Mais mon père tous les matins, je mets mes mains sur ma Bible et je dis : Seigneur fais rentrer dans mon cœur Ta Parole. » Vous savez ceux qui ne savent pas lire, ils écoutent et retiennent beaucoup plus.

Quand commencer à lire la Bible ?
J’essaie de la lire tous les soirs, en lisant un chapitre avant de dormir. C’est pour cela que quand j’ai rencontré l’autostoppeur, j’en étais à Tobie. On peut commencer par la liturgie. Cela fait dix jours qu’on lit l’Exode. Est-ce que l’un d’entre vous a pris sa Bible pour lire l’introduction au livre de l’Exode ? Il est encore temps.

Si je m’écoutais, je tordrais le cou à Magnificat et à Prions en église, car cela vous présente la Bible en pièces détachées, en rondelles de saucisson. Une Mercédès est plus belle que les pièces détachées quand même ! Il faut savoir chercher dans la Bible les textes. Habituez-vous à prendre votre Bible dans vos mains. N’en restez pas seulement aux rondelles de saucisson, car on ne sait jamais ce qu’il y a avant et après. La Bible n’est pas comme une jeune fille aux charmes évidents. Une dame âgée est déjà plus discrète. La Bible est un peu comme la dame âgée.

 

Ecoute et mets en pratique.
Dans le sermon sur la montagne, Jésus dit : « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur ! Seigneur ! qui entreront dans le royaume des Cieux. Ce sont ceux qui écoutent la Parole et qui la mettent en pratique. »

Madeleine Delbrël : « Les Paroles de la Bible sont miraculeuses. Si elles ne nous transforment pas c’est que nous ne le leur demandons pas. Dans chaque phrase de Jésus, dans chacun de ces exemples demeure la vertu foudroyante qui guérissait, purifiait, ressuscitait. Leur force peut faire son chemin en nous à la condition d’être vis à vis de Lui, comme le paralytique ou le centurion d’obéir et de faire immédiatement ce qu’Il nous dit. L’Evangile de Jésus a des passages totalement mystérieux, c’est vrai et nous ne savons pas comment les faire passer dans notre vie. Il en est d’autres qui sont impitoyablement limpides. C’est une fidélité toute simple à ce que nous comprenons aujourd’hui qui nous conduira à comprendre demain ce qui demeure mystérieux. Si tu obéis à ce que tu comprends, tu comprendras tout. »

Après la parabole du semeur, les apôtres demandent à Jésus ce que cela veut dire. Il leur répond : « A vous c’est expliqué mais à ceux du dehors non. Pour qu’ils entendent et n’entendent pas, pour qu’ils voient et ne comprennent pas. »

Ou bien tu écoutes la Parole et tu l’appliques et tu la comprends, ou bien tu la questionnes, et elle demeure totalement mystérieuse et tu tombes dans l’obscurité. Il faut vraiment choisir... »   ● Mgr lafont

 

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