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Etoile Notre Dame

« Allez de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19)

Journée mondiale du malade - 11 février

Le service de l’Église envers les malades et ceux qui s’occupent d’eux doit se poursuivre avec une vigueur toujours nouvelle, dans la fidélité au mandat du Seigneur (cf. Lc 9, 2-6 ; Mt 10, 1-8 ; Mc 6, 7-13) et en suivant l’exemple très éloquent de son Fondateur et Maître.

Cette année, le thème de la Journée du malade nous est fourni par les paroles que Jésus, élevé sur la croix, adresse à Marie, sa mère, et à Jean : « “ Voici ton fils ... Voici ta mère ”. Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui » (Jn 19, 26-27).

Pape François pour la journée mondiale du malade 2018

 

A cette occasion, nous avons interviewé madmae Joanne KWASEK, responsable diocésaine des aumôneries hospitalières pour le diocèse de Laval.

Accepteriez-vous de vous présenter succinctement pour nos lecteurs ?

Depuis la loi de la laïcité (1905), l’aumônerie d’hôpital est un service d’Eglise au cœur de l’institution hospitalière. Je suis, pour le Diocèse de Laval, missionnée par l’Evêque pour la responsabilité diocésaine des aumôneries hospitalières. Je suis au service des aumôniers pour les formations, leur soutien, les entretiens annuels, les rencontres avec les directions, les rapports d’activités et suis attentive aux évolutions des lois et au discernement des candidats….. L’aumônier, missionné par l’Evêque, est recruté par l’hôpital, au nom et pour le culte qu’il représente. Ce qui signifie que l’aumônerie est service d’hôpital et non association. Cette fonction était remplie auparavant par des prêtres, elle est maintenant souvent assurée par des laïcs. Les aumôniers sont formés par un D.U. (diplôme universitaire) et animent une équipe de bénévoles. Sans eux, ce service ne peut pas exister : ils portent la communion aux malades, aux personnes âgées résidant dans les EHPAD des hôpitaux, les convoient vers le lieu de culte, font des visites…ils sont un soutien indispensable.

Ma deuxième mission est aumônier dans un Centre hospitalier.

 

Qu’est-ce que la pastorale de la santé ? Quelles sont ses missions ?

La Pastorale de la santé comprend trois « branches » : les aumôneries hospitalières, le service évangélique des malades (à domicile et dans les EHPAD privés) et la pastorale des handicapés. Ces trois instances sont coordonnées par un délégué épiscopal à la pastorale de la Santé. Comme son titre l’indique, il est délégué par l’évêque pour les questions qui touchent à la santé, l’accompagnement des personnes malades, âgées ou handicapées.

Les missions de la pastorale de la Santé sont inscrites dans l’Evangile de Matthieu, chapitre 25, verset 36 « j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! »

Et versets 39 et 40 : " Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? " Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. "

En pratique, des équipes de bénévoles formés visitent les malades, les personnes âgées et les personnes handicapées, pour un temps de présence, un temps de prière, porter la communion.

Il est évident que cela nécessite du monde, et nous accueillons volontiers les personnes désireuses de rendre ce service (avec un temps de discernement) et prêtes à donner du temps d’abord pour se former, puis se rendre auprès des personnes âgées, malades ou handicapées.

 

Vous êtes présents sous forme d’aumôneries dans certains hôpitaux. Que vous demandent les personnes que vous rencontrez ?

Les familles demandent souvent, dans l’urgence « l’extrême onction ».

Celui-ci n’existe plus depuis Vatican II : se sont maintenant « les sacrements pour les malades » (cf. le rituel), qui incluent : la visite, la communion, l’onction, le viatique.

L’onction des malades est un sacrement de Force pour ce moment difficile. Nous le proposons régulièrement.

Quand il est demandé, nous organisons cette célébration en lien avec la famille, quand cela est possible et avec le service.

Nous proposons également de recevoir la communion. C’est souvent une surprise car les personnes hospitalisées ne pensent pas que cela soit possible et donc n’osent demander.

La plupart du temps,  il n’y a pas de demande précise. Ainsi notre mission première est la visite fraternelle : rejoindre la personne là où elle en est.

La personne visitée sent notre disponibilité du cœur et de l’esprit ; que nous la respectons, qu’il n’y a aucun jugement de notre part. C’est une démarche en vérité, où on va à l‘essentiel : nous n'avons rien à prouver. Le simple fait d’écouter permet à certaines personnes de cheminer, de trouver du sens… la personne sait qu’elle existe, qu’elle « a du prix ».

Parfois, seul le regard devient échange.

Et si la personne est chrétienne, oser une parole, oser la proposition d’un sacrement… « Qu’ainsi le monde puisse connaitre que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les aimes comme tu m’as aimé » Jn 17,21-23

S’il n’est pas possible de prier avec le malade, nous prions pour lui dans notre cœur.

Ce temps à l’hôpital peut engager à une nouvelle reconstruction et unification. Elle peut aussi aider la personne à discerner dans sa vie ce qui n’est pas essentiel pour se tourner vers ce qui l’est : un retour vers Dieu. (DS 1717)

 

Proposer la rencontre avec Jésus n’est sans doute pas si facile dans ces lieux où la souffrance, la douleur et l’angoisse sont si prégnants. Quels sont selon vous les points importants pour aller à la rencontre des personnes vers lesquelles cette mission vous envoie ?

Comme vous le dites, la maladie, l’âge, viennent bousculer tous les repères de la personne. Elle est atteinte dans tous les domaines de son existence : le relationnel, le social, le physique, le psychique et le religieux. Elle est atteinte dans son humanité globale : corps, cœur, esprit, âme. Ce séjour en hôpital ou en maison de retraite signifie souvent solitude, une autre notion du temps, interrogations, doutes, recherche de sens, perte d'activité, repliement sur soi, angoisse, révolte contre Dieu.

Avant de commencer une mission, il faut se poser les questions sur le pourquoi d’une telle démarche de notre part : obligation de chrétien ? Est-ce que l’on fait ces visites pour soi ou pour le malade ?...

Lors de la visite, l’écoute est première : que l’autre puisse s’exprimer sans qu'il y ait forcément de dialogue.

Cela nous demande de nous décentrer de nous-mêmes et de ne pas projeter nos propres désirs sur les personnes que nous visitons, mais de les rejoindre dans ce qu’elles éprouvent. Le sentiment qui nous habite de porter la paix du Christ sera perçu par-delà nos paroles et nos gestes.

Cette démarche implique une préparation : avant tout, je commence par me poser, par m’asseoir pour me libérer du quotidien, pour me rendre disponible d’esprit. Déposer mes soucis, faire silence, ouvrir mon cœur.

Puis je m’apprête, je mets mon badge qui m’identifie, et dit la prière des visiteurs dont voici un extrait : « A l’heure où tu m’envoies, je t’adresse cette prière : habite-moi Seigneur, efface-moi en toi, rends-moi transparent à ta présence et apprends-moi à être le sourire de ta bonté, car à travers moi c’est toi qu’au fond d’eux-mêmes ils peuvent rencontrer. Inspire-moi l’attitude à prendre les paroles à dire et les silences à observer. Apprends-moi à les écouter et  oser leur tenir la main, alors je serais pour eux un chemin qui conduit vers toi. »

Le visiteur doit être disponible, discret (nous sommes en milieu hospitalier et donc tenu à la confidentialité), neutre, savoir se positionner physiquement, s’engager dans la durée, garder la juste distance, pas de prosélytisme, ne pas se mettre à la place de la personne.

La rencontre ne s’arrête pas quand la visite se termine : nous faisons partie d’une équipe et donc savoir passer le relais si cela devient trop difficile, savoir faire le point, prier ensemble pour toutes ces personnes.

Et pour pouvoir vivre et proposer tout cela, Il faut donc des repères (la seule bonne volonté ne suffit pas) : comment entrer en relation avec cet autre, qui est mon frère ? Comment entrer en relation avec cet Autre, qui est mon Père ? « La formation des fidèles laïcs a comme objectif fondamentale la découverte toujours plus claire de leur vocation personnelle…» Christi fideles laïci chapitre 5 « Pour que vous portiez du fruit, la formation des fidèles laïcs »

 

Auriez-vous quelques témoignages à nous donner sur ce que votre présence a entraîné avec certains malades, certaines familles, certains personnels soignants ?

Oui, bien-sûr. Il y en a tellement.

- Celui de cette femme de 40 ans qui est hospitalisée pour un cancer en stade terminal. L’aumônier la visite depuis déjà un certain temps. Puis elle lui propose de recevoir l’onction des malades. La dame ne lui répond pas tout de suite, puis lui dit que sa petite fille se prépare pour sa première communion. Quelques jours plus tard, elle fait appeler l’aumônier et lui demande s’il est possible qu’elle se fasse baptiser. Après consultation des infirmiers, il s’avère qu’il faut faire assez vite. L’aumônier a demandé au prêtre de la paroisse s’il pouvait préparer cette personne. Cette dame est baptisée 3 semaines plus tard et fait en même temps sa première communion. Elle décèdera 3 jours après.

- Ce monsieur, en soins palliatifs. Il dit à l’aumônier qu’il n’est pas croyant mais qu'il veut bien qu’on le visite. Chaque semaine, l'aumônier va le voir. Trois mois passent. A la dernière visite de celui-ci, il est seul et il lui dit : « Ah, vous voilà, je vous attendais » et il expire.

- Cette autre dame d’un certain âge qui est en soin de suites depuis 1 mois. Son fils, handicapé, est hospitalisé en même temps en réanimation. Elle reçoit la communion tous les dimanches par l’équipe et est visitée par l’aumônier. Le fils est également visité. L’aumônier propose à la maman de recevoir l’onction des malades. Elle dit être d’accord, mais elle voudrait le recevoir avec son fils. L’aumônier se met en lien avec l’équipe soignante pour savoir ce qui est possible. Le cadre de santé trouve la démarche remarquable il se met à tout prendre en main pour l’organiser sur le champ : appelle la cadre du service de réa, s’assure qu’il n’y a pas de rendez-vous médicaux pour madame, recherche un fauteuil roulant pour que nous puissions faire le déplacement…..Le prêtre arrive. La cadre du service réa. nous dit de prendre notre temps, que c’est un moment important à vivre pour la dame et son fils. Ils sont accueillis au service réanimation. Le mari de la dame est présent et la cadre lui explique la démarche pour laquelle son épouse vient et lui dit « vous savez, vous pouvez rester avec votre famille, cela ne vous oblige pas à participer mais vous serez présent, votre fils sera certainement content ». Le fils est intubé mais il reçoit ses parents avec un grand sourire. Les parents s’installent autour de lui. Au moment du Notre Père, le prêtre propose de donner la main en signe d’unité et de paix. Le papa prend la main de sa femme (ce qu’il n’a pas dû faire depuis bien longtemps au vu de ce que cette dame avait confié à l’aumônier). La dame est très émue et le fils exprime son contentement. Au retour, la cadre leur dit : « ce qui est pris est pris. Merci de ce que vous faites »

- Madame X est dans un état comateux. Son fils, non-croyant, vient la voir tous les jours. Sa fille, croyante, habite le sud de la France. L’infirmière prévient les 2 enfants du départ imminent de leur maman. La fille arrive et demande l’onction pour sa maman car sa maman pratiquait et l’aurait demandé si elle était encore consciente. Le fils ne semble pas concerné par la démarche et se réfugie au fond de la chambre quand le prêtre arrive. Au moment de l’onction sur les mains, la maman ouvre les yeux et regarde sa fille avec un regard plein d’amour et de reconnaissance, puis retombe dans son sommeil profond. Le lendemain, l’aumônier retourne voir cette dame. Sur le chemin, elle croise le prêtre : « je voudrais revoir cette dame, je crois que de toute ma vie, je n’oublierais le regard de cette femme : voulez-vous venir avec moi ? » Deux jours plus tard, le fils appelle l’aumônier. La maman est morte et il voudrait la voir. Il lui dit : « le regard de maman me laisse un sentiment de culpabilité : j’aurais dû vous appeler bien plus tôt. » Puis il demande qu’une messe soit dite à la chapelle avant le départ de sa sœur. Il y assistera avec son épouse.

- L’aumônier est appelé aux urgences pour une dame de 75 ans. Elle est inconsciente et intubée. Toute la famille est là, autour d’elle. Ils demandent qu’un prêtre passe, mais dans cette ville, le seul prêtre de 80 ans ne se déplace plus la nuit. L’aumônier propose une prière de recommandation, qui est acceptée. Il fait la prière et à la fin de celle-ci, l’urgentiste désintube la personne en disant que ce sera bientôt fini. Le lendemain, l’aumônier va demander des nouvelles au service des urgences. « Qu’est-ce que vous avez fait hier ? On avait préparé la salle au funérarium et en fin de compte, on l’a montée en service Médecine. » Surprise, l’aumônier va dans ce service, toque à la porte de la chambre. En entrant, il trouve la dame complètement remise. Il se présente et la dame lui dit : « je ne vous connais pas mais je reconnais votre voix. Si tout va bien, je sors dans quelques jours. »

 

Qu’est-ce que cette mission vous apprend sur la souffrance humaine ? Votre foi vous permet-elle d’y trouver un sens ? Accepteriez-vous de nous le partager ?

Le premier lieu de formation est notre propre vie. C’est là que l’on apprend que l’on doit laisser Marie et Jésus visiter nos épreuves, nos joies, notre vie…car sinon, quand on visite, comment allez vers les autres ? Comment accueillir Marie et Jésus dans l’autre ?

Devenir aumônier a été pour moi très « décapant ». Il m’a fallu accepter que je puisse moi-même devenir une de ces personnes malades et/ou âgées. Une personne complètement dépendante des autres.

Il m’a fallu aussi faire le point sur ma propre mort.

Parfois une personne visitée me dira : « je ne crois pas…vous n’avez surement pas de temps pour moi » et je lui réponds : « Mais, Madame, je n’ai pas à vous juger, je suis simplement là pour vous. »

Combien de fois je ressors d’une chambre en n’ayant rien dit, et en recevant des sourires, des MERCI, des « revenez ».

Quelles leçons d’humilité,….

Parfois nous accompagnons des personnes en fin de vie qui sont totalement déjà en Dieu. Quelles leçons de confiance, d’abandon en Dieu, de paix. Oui, parfois, les malades nous évangélisent.

Je ne suis absolument pas la même personne qui a commencé cette mission il y a maintenant 10 ans. Et je ne peux qu’en remercier le Seigneur. Mon amour pour lui a muri, s’est approfondi.

Nous devons avoir foi dans le mystère de l’action de l’Esprit Saint en la personne visitée. Nous devons avoir foi que l’onction des malades ne s’arrête pas à la célébration : plus que le corps, Jésus touche l’âme de la personne et y opère de secrètes transformations, que ce soit pour la personne elle-même, les personnes ayant assisté, les autres malades, les soignants du service. Ce sacrement se diffuse.

 

Pour terminer, que voudriez-vous dire à nos lecteurs plus particulièrement à ceux qui souffrent et sont malades ?

N’hésitez pas à contacter le service d’aumônerie du lieu où vous êtes. N’hésitez pas à signaler les personnes hospitalisées de votre connaissance qui aimeraient recevoir notre visite.

Ensemble, nous portons beaucoup de fruits (Jn 15-16).

Jésus est le Chemin, la vérité et la vie : plus vous êtes unis à lui, plus la vie est simplifiée car Jésus marche toujours à coté de nous.

Nous avons, en Mayenne, Notre Dame de Pontmain. Et son message est : « Mais priez mes enfants, Dieu, vous exaucera en peu de temps. »

 

Je vous remercie pour le temps que vous avez bien voulu nous accorder. Nous vous souhaitons beaucoup de courage dans votre belle mission au service des malades.

 

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