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Etoile Notre Dame

« Allez de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19)

Le retour des Rois Mages

Le divin Enfant ferma les yeux, le nimbe de lumière qui auréo­lait sa tête s’adoucit et, avec un sou­rire, la Vierge mère posa un doigt sur ses lèvres. À ce signal, les anges qui chan­taient encore le can­ti­que triom­phal, se turent subi­te­ment ; il se fit un grand silence et les trois Mages, se levant, quit­tè­rent l’étable, gra­ves et recueillis.

À la porte, ins­tinc­ti­ve­ment, ils levè­rent leurs yeux vers le ciel : l’étoile était là, plus brillante que jamais. Cepen­dant un chan­ge­ment s’était opéré : tan­dis qu’au pre­mier jour, ses rayons des­cen­daient droits sur l’étable, ils s’inclinaient main­te­nant vers l’Orient. Les Mages com­pri­rent sa muette invi­ta­tion et bien­tôt la lon­gue file des cha­meaux capa­ra­çon­nés d’étoffes aux voyan­tes cou­leurs, fut prête à pren­dre le che­min du retour.

Au pas cadencé des mon­tu­res, elle défila par les rues étroi­tes de Beth­léem. Les Mages revi­rent le cara­van­sé­rail où ils s’étaient arrê­tés, le pre­mier jour, en quête de ren­sei­gne­ments ; ils pas­sè­rent la syna­go­gue devant laquelle, indif­fé­rents aux cho­ses qui venaient de chan­ger la face du monde, des rab­bins dis­cu­taient gra­ve­ment ; ils fran­chi­rent la porte que gar­dait une cohorte de sol­dats romains et bien­tôt ils retrou­vè­rent la cam­pa­gne sillon­née de trou­peaux.

Et voilà qu’au moment de s’engager sur la route qui mène à Jéru­sa­lem, l’étoile, par ses rayons obli­ques, indi­qua net­te­ment la direc­tion du désert, invi­tant les Mages à retour­ner par un autre che­min.

Sans doute avaient-​ils pro­mis au roi Hérode de venir lui appren­dre où se trou­vait ce roi des Juifs qu’il vou­lait ado­rer à son tour : mais puis­que l’étoile les gui­dait vers une autre route, c’est que Dieu le vou­lait ainsi. Ils sui­vi­rent l’étoile.

Et la cara­vane, en lon­gue file, conti­nua son voyage jusqu’au cou­cher du soleil.

À la halte du soir, le chef de la cara­vane fit enle­ver les riches ten­tu­res qui ornaient les cha­meaux et les rem­plaça par des hous­ses dont le gris pâle se confon­dait avec la teinte du sable. Les ser­vi­teurs revê­ti­rent eux aussi des tuni­ques som­bres.

La trans­for­ma­tion ter­mi­née, il s’avança vers le roi Gas­par et, s’inclinant, il lui pré­senta une tuni­que de toile gros­sière.

– Le désert s’ouvre devant nous, dit-​il ; il est infesté de bri­gands et de pillards ; s’ils aper­çoi­vent des gens magni­fi­que­ment vêtus, ils s’imagineront que la cara­vane trans­porte une riche car­gai­son et ne man­que­ront pas de l’attaquer. Mel­chior et Bal­tha­sar les rejoi­gnaient en ce moment. Ils enten­di­rent la remar­que du chef cara­va­nier.

– Est-​il donc néces­saire de nous cacher ? Demanda Bal­tha­sar. Cer­tes nous por­tons un immense tré­sor, mais il n’est pas de ceux qui atti­rent les voleurs.

– La paix est venue sur le monde, pro­clama Mel­chior, les anges l’ont chan­tée là-​bas : Paix sur la terre aux hom­mes de bonne volonté ! Nous som­mes les mes­sa­gers de la bonne nou­velle et c’est notre devoir de l’annoncer même aux pillards du désert.

– Avan­çons sans crainte et sans sub­ter­fu­ges, conclut Gas­par ; Dieu avait-​il caché aux yeux des méchants l’étoile qui nous a conduits ?

Et les rois Mages gar­dè­rent les insi­gnes de leur rang. Au matin, ils dirent adieu aux der­niè­res col­li­nes et le pied des cha­meaux foula le sable brû­lant. Ils mar­chè­rent tout le jour.

Mais quand, le soir, ils s’arrêtèrent pour cam­per, le chef de la cara­vane revint vers eux. Son front était sou­cieux.

– Le che­min que nous sui­vons, dit-​il, est loin des gran­des pis­tes ; cepen­dant j’ai relevé des tra­ces nom­breu­ses. Nous som­mes sûrs de ren­con­trer des tri­bus pillar­des qui ne res­pec­tent ni les biens des voya­geurs ni même leur vie.

– Avan­çons quand même puis­que l’étoile nous a indi­qué ce che­min, dit Gas­par.

– Les tra­ces que j’ai remar­quées ne sont pas seule­ment cel­les des hom­mes, pour­sui­vit le chef cara­va­nier, j’ai démêlé parmi elles, les pis­tes des cha­cals affa­més et cel­les, plus redou­ta­bles encore, du lion soli­taire.

– Qu’importe, dit Mel­chior, n’avons-nous pas adoré Celui qui com­mande à toute la nature ? Il saura fer­mer la gueule du lion et de l’hyène, ou leur faire décou­vrir une autre proie. Mais le chef de cara­vane insista.

– Je crains que nous ne puis­sions trou­ver des puits pour abreu­ver nos cha­meaux ; cette par­tie du désert me sem­ble plus sté­rile que tou­tes les autres.

– Mais Lui, n’est-il pas la fon­taine d’eau vive qui jaillit dans le désert ? Pro­nonça Bal­tha­sar. Et la cara­vane, après le repos de la nuit, reprit sa mar­che mono­tone.

Mais voilà que vers la fin du troi­sième jour, le chef de cara­vane cou­rut de nou­veau vers ses maî­tres.

– Je l’avais dit, prononça-​t-​il, et main­te­nant nous voici en face des pillards. Ils sont là-​bas qui nous guet­tent au pas­sage du défilé, entre la dou­ble ligne de rochers qui res­serre le che­min. Ils sont cin­quante au moins ! Et armés !

La cara­vane s’arrêta. Les Mages dérou­lè­rent leur tur­ban et la cou­ronne d’or, incrus­tée de pier­re­ries qu’ils por­taient sur leur tête, étin­cela aux rayons du soleil cou­chant. Ayant pris bra­ve­ment la tête, ils s’avancèrent seuls au-​devant des pillards.

– Halte ! Cria le Chef, maî­tri­sant avec peine sa mon­ture, un superbe che­val arabe, au poil lui­sant, aux naseaux de feu.

Mais le cor­tège des Mages conti­nua d’avancer au-​devant des agres­seurs.

– Halte ! Cria une seconde fois le chef, tirant du four­reau une dague étin­ce­lante.

Les Mages avan­çaient tou­jours. Et voilà que sou­dain un cri d’effroi s’éleva de la troupe ; au-​dessus des trois cou­ron­nes, plus brillan­tes que jamais, l’étoile lan­çait des rayons étin­ce­lants dont le reflet dépas­sait celui du soleil cou­chant.

Les pillards, sai­sis d’effroi, sau­tè­rent à bas de leurs mon­tu­res et, se pros­ter­nant dans le sable, ils redi­rent la salu­ta­tion du désert : – Salaam aleyk ! 

– Nous vous retour­ne­rions le sou­hait, pro­clama Gas­par, si vous étiez des hom­mes de bonne volonté. Et la bande des pillards, tou­jours sai­sis de crainte, se ran­gea pour lais­ser pas­ser la cara­vane de la paix.

Trois jours encore, on avança dans le désert sans eau, mais cha­que soir, un puits se trou­vait là pour abreu­ver les cha­meaux.

Au qua­trième, des for­mes indé­ci­ses paru­rent à l’horizon ; pour­tant le chef cara­va­nier conti­nua de che­mi­ner tran­quille­ment au pas de son cha­meau ; ayant vu le mira­cle, il ne crai­gnait plus. Les for­mes se pré­ci­sent bien­tôt : il s’agit d’une cara­vane nom­breuse et bien ordon­née. Des cava­liers se déta­chent et s’avancent au-​devant des voya­geurs pour connaî­tre leurs inten­tions.

À l’approche des nobles visi­teurs, un long tapis fut déroulé sur le sol : des ser­vi­teurs aidè­rent les trois prin­ces à des­cen­dre de leur mon­ture, tan­dis que le chef des mar­chands, ayant revêtu une tuni­que de soie pré­cieuse, s’avança au-​devant d’eux.

– Salaam aleyk ! Dit-​il en s’inclinant et tout en gui­dant ses hôtes vers la tente prin­ci­pale.

– Aley­kom es salaam ! Répon­di­rent ensem­ble les trois rois.

– Nous avons che­miné par vos royau­mes, conti­nua le chef, et nous y avons trouvé la paix et la pros­pé­rité. Vos peu­ples heu­reux vous bénis­sent. Nulle part avons-​nous été mieux reçus et che­miné avec plus de sécu­rité. Et main­te­nant, nous allons vers la grande mer de l’Occident. Mais ce nous est une joie de vous ren­con­trer et de vous offrir quel­ques pré­sents qui vous remer­cie­ront pour la gra­cieuse per­mis­sion de tra­ver­ser vos royau­mes.

Les trois se consul­tè­rent à voix basse ; puis Gas­par, se tour­nant vers le mar­chand, lui dit : – Simon Ben Alem, tu as là des riches­ses mer­veilleu­ses ; jamais les cara­va­nes n’en avaient porté autant et de si bel­les. Nous n’aurions qu’à ten­dre la main, pour tenir, de ton ami­tié, des bijoux, des armes ou des étof­fes qu’un prince paie­rait d’un haut prix. Et pour­tant, nous n’en ferons rien, car notre cœur est déta­ché des cho­ses de la terre, main­te­nant que notre œil a contem­plé le plus grand tré­sor du monde.

– Le plus grand tré­sor du monde ?

– Oui, Simon Ben Alem, un tré­sor auquel nul autre n’est com­pa­ra­ble.

– Dans le palais d’Hérode, sans doute. Le vieux roi se connaît en bijoux, en étof­fes fines, en per­les rares ; ne l’a-t-on pas sur­nommé Hérode le Magni­fi­que ! Mais je dois pas­ser par Jéru­sa­lem, je ver­rai ce tré­sor.

– Ce tré­sor ne se trouve pas dans le palais d’Hérode et c’est pour­quoi il en est jaloux et vou­drait s’en empa­rer.

– Je com­prends, dit Simon Ben Alem, c’est dans le tem­ple de Jéru­sa­lem que vous avez contem­plé cet objet mer­veilleux. Cer­tes, le nou­veau tem­ple est loin d’égaler la magni­fi­cence de celui que construi­sit le roi Salo­mon, pour­tant, je connais les tapis pré­cieux qui entou­rent le Saint des saints et je don­ne­rais beau­coup pour avoir les pareils ; les lam­pes d’or fine­ment cise­lées qui brillent devant l’arche sont de pures mer­veilles, et c’est en vain que j’ai chargé les ouvriers les plus habi­les d’en cise­ler de sem­bla­bles pour Hérode qui vou­drait en orner son palais ; cel­les du tem­ple, il ne les aura pas car elles appar­tien­nent à Jého­vah.

– Tu te trom­pes, Simon Ben Alem, ce n’est ni dans le palais d’Hérode, ni dans le tem­ple, ni à Jéru­sa­lem que nous avons contem­plé la mer­veille dont nos yeux gar­dent encore la vision.

– Ce n’est pas à Jéru­sa­lem ?

– C’est à Beth­léem, dans une éta­ble…

– À Beth­léem ?… Dans une éta­ble ?…

– C’est un enfant nouveau-​né, cou­ché dans une crè­che.

– Un enfant ?… Cou­ché dans une crè­che ?…

Simon Ben Alem demeu­rait inter­dit. Un moment, il fixa le regard de ses hôtes, mais il y vit une telle irra­dia­tion, qu’il sen­tit pas­ser quel­que chose de divin ; il lui sem­bla que l’ombre de Dieu pla­nait dans la tente et éclip­sait d’un coup tou­tes ses riches­ses. Après un moment de silence, il s’inclina de nou­veau et annonça :

– Dans la tente voi­sine, nous avons pré­paré des rafraî­chis­se­ments : peut-​être voudrez-​vous nous faire l’honneur d’y goû­ter.

Les Mages entrè­rent dans la tente et, pour être agréa­bles à leur hôte, ils acce­ptè­rent les rafraî­chis­se­ments gra­cieu­se­ment offerts.

S’étant ainsi repo­sés, ils se pré­pa­rè­rent au départ.

– Accep­tez au moins ces tapis pour cou­vrir le dos de vos cha­meaux, insista Simon Ben Alem ; ainsi comprendrai-​je que vous ne mépri­sez pas votre ser­vi­teur et qu’il sera le bien­venu sur vos ter­res.

– Nous pren­drons cha­cun l’un de ces tapis, consen­tit Gas­par, et tu seras tou­jours le bien­venu dans nos royau­mes. Mais tu le sais, le désert n’a pas de maî­tre, seul le vent y com­mande au sable ; aver­tis tes gui­des d’avancer avec pru­dence, car plu­sieurs ban­des de pillards rôdent sur cette piste. Simon Ben Alem sou­rit :

– Nous som­mes accou­tu­més à ce genre de ren­con­tres et nous som­mes armés en consé­quence. Nous étions pré­pa­rés à tou­tes les éven­tua­li­tés, sauf à la nou­velle qu’il existe un tré­sor plus pré­cieux que la mul­ti­tude de ceux que nous avons ras­sem­blés ici.

– Oui, Simon, il existe.

– Et mes yeux pour­ront le contem­pler ?

– Oui, à Beth­léem, dans une éta­ble, tu trou­ve­ras un enfant enve­loppé de lan­ges et cou­ché dans une crè­che.

L’étonnement repa­rut dans les grands yeux de Simon Ben Alem ; il allait encore inter­ro­ger, mais avec un sou­rire mys­té­rieux, Mel­chior se contenta de lui dire :

– Tu iras et tu ver­ras. Et les Mages rejoi­gni­rent leur tente.

Au matin du jour qui sui­vit, les deux cara­va­nes s’ébranlèrent en même temps ; cha­cune dans la direc­tion oppo­sée : bien­tôt elles dis­pa­ru­rent aux regards l’une de l’autre.

Tan­dis que Simon Ben Alem condui­sait ses riches mar­chan­di­ses vers la mer, Les Mages che­mi­naient vers leur pays, parmi les dunes de sable à peine recou­ver­tes de plan­tes mai­gres et rares.

Enfin ils attei­gni­rent les plai­nes fer­ti­les que bai­gnent le Tigre et l’Euphrate ; le cri de joie des cha­meaux annonça la fin du désert. C’était le lieu d’où ils étaient par­tis, deux mois aupa­ra­vant.

Alors l’étoile qui les avait conduits dis­pa­rut à leurs yeux.

Mais qu’importait aux trois augus­tes pèle­rins ; ils étaient près de celui qui leur avait appris le sens même de l’étoile et les avait envoyés vers l’Enfant-Dieu. Ne pourrait-​il pas les gui­der encore et leur appren­dre ce qu’il leur res­tait à faire ?

Au pied du mont Ara­rat, dans un bos­quet de pal­miers et de dat­tiers, près d’une source, demeu­rait l’ermite vénéré de tous, Rahoun al Sher­radhin, le Mage des Mages, dont le regard pro­fond lisait dans les astres aussi sûre­ment que dans un livre ouvert. Rahoun al Sher­radhin, le pieux, qui aurait pu être riche et roi, mais qui don­nant aux pau­vres les cadeaux qu’on lui offrait, tis­sait lui-​même ses habits et vivait des fruits que ses arbres lui four­nis­saient.

Les trois rois avaient été salués par des prin­ces, d’innombrables cour­ti­sans étaient incli­nés devant eux : à leur tour, ils s’inclinèrent devant Rahoun al Sher­radhin.– Salaam aleik !

– Aley­kom es salaam ! Répon­dit l’ermite.

– Rahoun al Sher­radhin, nous avons suivi l’étoile, com­mença Gas­par : elle nous a conduits vers l’enfant que tu nous avais annoncé ! Nous l’avons adoré et je lui ai offert de l’or, car il est Roi.

– Je lui ai offert de l’encens, car il est Dieu, ajouta Bal­tha­sar.

– J’ai déposé de la myr­rhe auprès de son ber­ceau, dit Mel­chior, car c’est un Dieu des­cendu parmi nous, il vivra au milieu des hom­mes.

– J’ai suivi l’étoile, dit alors Rahoun al Sher­radhin, j’ai vu sa courbe immense vous conduire jusqu’à l’étable ; j’ai adoré en esprit, pen­dant que vous ado­riez en vérité.

– Un jour pour­tant, l’étoile nous a man­qué, remar­qua Mel­chior. Nous étions près de Jéru­sa­lem et nous som­mes entrés dans la ville pour nous infor­mer. Le roi Hérode a réuni ses doc­teurs et c’est de leur bou­che que nous avons appris le nom de la ville où devait naî­tre le nou­veau Roi des Juifs.

– Hérode nous a demandé de l’avertir aus­si­tôt que nous aurions trouvé l’enfant, car il vou­lait, lui aussi, l’adorer, ajouta Bal­tha­sar.

– Mais au moment du départ, expli­qua Mel­chior, l’étoile nous a gui­dés vers le désert, loin de Jéru­sa­lem, et nous som­mes venus par un autre che­min.

L’ermite releva la tête, son regard pro­fond sem­blait lire des cho­ses loin­tai­nes.

– Hérode a su que Beth­léem était le lieu de nais­sance du nou­veau roi, dit-​il ; il a envoyé ses sol­dats qui ont mas­sa­cré tous les enfants de ce lieu et des envi­rons.

– Mais alors, s’écria Bal­tha­sar avec des lar­mes dans la voix, mais alors, il est mort… lui qui était Dieu !

– Non, répon­dit len­te­ment l’oracle, les yeux tou­jours tour­nés vers l’infini, non, il avait déjà quitté Beth­léem ; pen­dant que vous tra­ver­siez le désert, il a passé tout près de vous, fuyant vers l’Égypte.

– Tout près de nous, sou­pira Gas­par, et nous n’avons pas connu sa pré­sence.

– Elle vous a pro­té­gés pour­tant ; rappelez-​vous l’étoile qui a brillé sur vos têtes et éloi­gné les pillards.

– C’était Lui, s’écrièrent à la fois les trois Mages, et c’est pour­quoi nous avons senti nos cœurs s’embraser.

– Ah ! Comme j’aurais voulu jeter à ses pieds, le chef de ces bri­gands dont l’âme, mal­gré tout, gar­dait une cer­taine noblesse, dit Gas­par avec un sou­pir de regret.

– Son cœur était trop dur encore pour être converti, pro­clama Sher­radhin, il a ren­con­tré les pros­crits, il s’est incliné devant eux et les a conduits jusqu’aux por­tes de l’Égypte ; un jour vien­dra où il recon­naî­tra son Sau­veur.

– L’Enfant est parti en Égypte, remar­qua Mel­chior ; notre ami, le mar­chand Simon Ben Alem, le cher­chera vai­ne­ment lorsqu’il se ren­dra à Beth­léem.

– Simon Ben Alem est trop occupé des cho­ses de ce monde, pro­nonça Rahoun al Sher­radhin, il est arrivé à Joppé et ne songe qu’à écou­ler ses mar­chan­di­ses pour aller en ache­ter d’autres et aug­men­ter ses riches­ses. Il fau­dra que la main de Dieu s’appesantisse sur lui pour qu’il ouvre enfin les yeux et recon­naisse Celui qu’aujourd’hui il a dédai­gné. Un jour, devenu dis­ci­ple fer­vent, il vien­dra vous ensei­gner le mys­tère d’un Dieu cru­ci­fié.

– Cru­ci­fié ! S’écria Bal­tha­sar ; doit-​Il donc mou­rir ?

– Cru­ci­fié et mort pour les péchés du monde : mais res­sus­cité pour Régner jusqu’à la fin des temps.

– Ces cho­ses éton­nan­tes, quand s’accompliront-elles ? demanda Mel­chior.

Rahoun al Sher­radhin se recueillit un ins­tant, ses yeux de nou­veau plon­gè­rent dans l’avenir et d’une voix ins­pi­rée, il annonça :

– Vous avez contem­plé l’étoile de sa nais­sance, elle vous a conduits jusqu’à son ber­ceau. Mais quand il vous sem­blera que la terre sera prise de convul­sions, quand le soleil se voi­lera la face et que les rochers se fen­dront, alors sachez que votre salut est pro­che, car le Christ sera mort et Il sera res­sus­cité.

À ces paro­les, les Mages jetè­rent leurs cou­ron­nes à leurs pieds, et le front incliné dans la pous­sière, ils ado­rè­rent le Dieu qui s’était mani­festé à eux petit Enfant.

Et il leur sem­bla enten­dre comme un écho loin­tain du can­ti­que de Beth­léem :

Gloire à Dieu dans le ciel, et paix sur la terre, aux hom­mes de bonne volonté !

Alors, repre­nant la route de leurs royau­mes, ils gagnè­rent les pays de Saba, de Tar­sis et des îles loin­tai­nes où ils atten­draient la venue de celui qui leur appor­te­rait la grande nou­velle d’un Dieu mort pour rache­ter le monde et res­sus­cité pour régner à jamais.

Et maintenant une histoire.fr

 

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