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Etoile Notre Dame

« Allez de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19)

Troisième prédication de carême du P. Cantalamessa 4

  1. Evangélisation et compassion

A côté de la prière, nous avons un autre moyen pour avoir l’Esprit Saint en nous, c’est en veillant à la pureté de notre intention quand nous prêchons le Christ. Car plusieurs causes peuvent la polluer. Saint Paul en cite quelques unes dans sa Lettre aux Philippiens: par commodité, par jalousie, par rivalité (Ph 1, 15-17). Mais il y a une cause qui renferme toutes les autres : le manque d’amour. Saint Paul dit : « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. » (l Co 13,1).

L’expérience m’a fait découvrir une chose : que l’on peut annoncer Jésus Christ pour des raisons qui ont peu ou rien à voir avec l’amour. On peut annoncer par prosélytisme, pour trouver dans l’augmentation du nombre des adeptes une légitimation à sa propre petite église, en particulier si elle vient d’être créée ou si nous en sommes nous-même le fondateur. On peut annoncer, en suivant une phrase de l’Evangile à la lettre, pour apporter l’Evangile aux confins de la terre (Mc 13,10), en vue de compléter le nombre des élus et accélérer le retour du Seigneur.

Certaines de ces raisons ne sont pas forcément mauvaises. Mais seules, elles ne suffisent pas. Il manque cet amour véritable et cette compassion pour les hommes qui constitue l’âme de l’Evangile. L’évangile de l’amour ne peut s’annoncer que par amour. Si nous ne nous efforçons pas d’aimer les personnes que nous avons devant nous, les paroles se transforment facilement en mains de pierre qui blessent et dont on se protège, comme quand on se met à l’abri d’une chute de grêle.

J’ai toujours sous les yeux l’enseignement que la bible, implicitement, nous donne avec l’histoire de Jonas. Dieu avait obligé Jonas à aller prêcher à Ninive. Mais les Ninivites étaient des ennemis d’Israël et Jonas ne les aimait pas. Il est visiblement content et satisfait quand il peut crier: « Encore quarante jours et Ninive sera détruite! ». La perspective ne semble vraiment pas lui déplaire. Si ce n’est que les Ninivites se repentent et Dieu leur épargne le châtiment. Alors Jonas entre en crise, et Dieu lui dit presqu’en s’excusant : « Toi, tu as pitié de ce ricin… Et moi, comment n’aurais-je pas pitié de Ninive, la grande ville, où, sans compter une foule d’animaux, il y a plus de cent vingt mille êtres humains qui ne distinguent pas encore leur droite de leur gauche? » (Jonas 4,10). Dieu doit se donner plus de mal pour le convertir lui, le prédicateur, que pour convertir tous les habitants de Ninive!

Donc il nous faut aimer les hommes. Mais aussi et surtout aimer Jésus. C’est l’amour du Christ qui doit être le moteur. «  M’aimes-tu vraiment ? » – dit Jésus à Pierre -. Sois le berger de mes agneaux » (Jn 21,15). Il faut aimer Jésus, car seul celui qui est épris de Lui peut proclamer son nom au monde, avec intime conviction. On ne parle avec transport que de ce dont est tombé amoureux.

En proclamant l’Evangile, par notre vie ou par la parole, nous ne donnons pas seulement de la gloire à Jésus, nous lui donnons aussi de la joie. S’il est vrai que «  la joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus », il est également vrai que ceux qui sèment l’Evangile remplissent de joie le cœur de Jésus. Ce sentiment de joie et de bien-être qu’une personne éprouve lorsqu’elle sent tout à coup que la vie recommence à couler dans un membre de son corps jusque là inerte ou paralysé, est un petit signe de la joie qu’éprouve le Christ quand il sent son Esprit redonner vie à quelque membre mort de son corps.

Dans la bible il y a un mot que je n’avais jamais remarqué: « Fraîcheur de neige un jour de moisson, tel est le messager fidèle, pour qui l’envoie, vrai réconfort pour son maître ! » (Prov 25,13). L’image de la chaleur et de la fraicheur fait penser à Jésus sur la croix qui crie: «  J’ai soif! ». C’est lui le grand «  moissonneur » assoiffé d’âmes, que nous sommes appelés à réconforter en servant humblement et dévotement l’Evangile. Que l’Esprit Saint, «  agent principal de l’évangélisation », nous accorde de donner à Jésus cette joie, en paroles et en actes, selon le charisme et la fonction qui reviennent à chacun de nous dans l’Eglise.

Zenit

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