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« Allez de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19)

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Carême 2021 - Jour 36 : Que fuient la nuit et les ténèbres, qu'entre la Lumière

Marc 14,61 : « Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. » 


 
Frère Emiliano *: Je crois fermement, par expérience, que le silence est l'un des plus grands exorcismes contre Satan. Le diable génère le chaos, la confusion, le désespoir, le cri, le bruit, la laideur, la peur ; au contraire, les fruits du silence en Dieu créent l'ordre, la beauté, l'harmonie, la paix, la force, la stabilité, la joie et l'amour.

Comme l'a écrit saint Albert le Grand : « Le silence recueille le cœur, apaise les consciences, dispose aux visites de la grâce divine. Celui qui ne peut pas rester en silence est facilement vaincu par l'ennemi ». Le but du « maître des bruits » est d'être le voleur des dons du Ressuscité, c'est-à-dire de la paix et de la joie du cœur.

Dans la vie chrétienne aujourd'hui, il est important de reprendre le concept fondamental du « combat spirituel » :  cela nous rend plus éveillés, vigilants et ne nous laisse jamais le sentiment d'être arrivés humainement ou orgueilleux spirituellement. Le « combat spirituel » ne se livre pas à l'extérieur contre des personnes, des situations de la vie, des ennemis imaginaires qui nous font entrer dans le complexe de victime, mais bien à l'intérieur, comme saint Paul nous l'a décrit (cf. Ép 6, 10-17). Le silence est la tranquillité des bruits (saint Bernard), et il nous rend la « sainte innocence » que nous avons reçue au baptême, où nous avons été immergés dans la mort et la Résurrection de Jésus-Christ et nous renaissons à une vie nouvelle. Le diable nous décentralise, fatigue notre esprit, nous perturbe dans notre sommeil et dans ce que nous faisons ; le silence, au contraire, aide à focaliser la concentration, donne de l'énergie à notre esprit et constitue une véritable thérapie qui apaise toute notre personnalité.

Il existe trois stratégies que le « perturbateur infernal » utilise sur notre psychisme :
1. le désespoir ou la défiance à l'égard de Dieu ;
2. la présomption ;
3. le blocage dans l'accomplissement du bien.

 

Le désespoir ou la méfiance envers Dieu : Padre Pio écrit à son directeur spirituel : « J'ai très mal passé l'autre nuit, depuis 10 heures, au moment où je me suis couché, jusqu'à cinq heures du matin, ce « cosaccio » [c'est-à-dire le diable] n'a cessé de me battre. Il a mis beaucoup de suggestions diaboliques devant mon esprit ; des pensées de désespoir, de méfiance envers Dieu ... Je pensais vraiment que c'était la dernière nuit de ma vie. »
L'expérience de saint Pio de Pietrelcina nous indique les phrases d'oppression de « l'ennemi de la joie des hommes » : « Tu ne vaux rien ... tu es seul au monde et tu es abandonné ... jette-toi par la fenêtre, du pont, dans le puits ... parce que personne ne t'aime, pas même Dieu ». Ce sentiment de « silence éternel » nous détruit et nous martèle la tête avec des pensées négatives de mort, de suicide, d'abandon, de solitude et de profonde désolation.

La présomption : « L'orgueil spirituel » est un vice de celui qui se sent avancé dans la vie spirituelle, mais la tromperie consiste à tout savoir et à tout connaître sur Dieu et les stratégies de l'ennemi. Toujours, chaque jour de notre vie, nous sommes comme au premier jour d'école dans l'humble écoute de la chaire lumineuse de la croix quotidienne. L'humilité est le remède fondamental contre l'influence de la vanité, de l'orgueil et du succès dans le service de Dieu.

L'obstacle dans l'accomplissement du bien : « Le diable est celui qui te détourne de la Parole de Dieu et t'empêche de faire le bien »· Cela pourrait être la réponse d'un grand exorciste, mais c'est en fait la réponse qu'un enfant de neuf ans m'a donnée quand j'ai demandé : « Qui est le diable pour toi ? » L'ancien adversaire nous détourne des personnes fondamentales de notre vie, des choses essentielles et nous empêche de faire le bien que l'urgence de l'Amour de Dieu nous appelle à faire. Le diable ferme les portes, mais la Vierge ouvre les portails. Le prince de ce monde nous bloque, nous effraie, nous décourage, mais ne gagne pas, car il a déjà été vaincu sur la croix ; puis, il y a Marie qui est la Conductrice, la Reine des victoires, qui nous donne la touche finale pour gagner la bataille. La « prière silencieuse » nous fait éviter une prière « bruyante et bavarde » qui devient parfois plus un éloge de soi qu'une louange à Dieu. L'adoration silencieuse ferme les yeux sur le monde, ferme la bouche sur des paroles inutiles et nous ouvre le cœur à la guérison, à la libération, à la paix profonde et à la réconciliation de toute notre vie devant le « miroir » du Christ Jésus dans !'Eucharistie.

   


 

1. Cal Robert Sarah* - La force du silence (cliquer pour déployer)

197 - Au moment de son sacrifice suprême, le silence de Jésus est extrêmement poignant. Il ne parle qu'une seule fois pour répondre à Pilate qui lui dit : « Es-eu Roi ? Et qu'as-tu fait ? » Jésus répond : « Mon Royaume n'est pas de ce monde. » Il inclut dans son Royaume Abraham, Isaac, Jacob, Jean-Baptiste, tous les saints du Ciel, mais aussi la communauté de ses disciples qui forment l'Église. Si ces derniers sont dans le monde, ils ne sont pas du monde. Jésus répète par trois fois à Pilate que son Royaume n'est pas de ce monde (Jn 18, 36), car il a perçu que ce dernier désirait connaître la vérité et la défendre. Pilate est convaincu de l'innocence de Jésus, mais il se laisse assaillir par les hurlements de haine et les accusations qui fusent. En apprenant que Jésus est galiléen, il décide de le confier à Hérode Antipas, tétrarque de la province de Galilée. ( …) Afin d'exciter Hérode contre Jésus, ils vocifèrent encore en prétendant que le Christ et Jean-Baptiste se sont mis d'accord pour le diffamer en raison de son état adultérin avec Hérodiade la femme de son frère Philippe.

En effet, Hérode avait pris pour épouse la femme de Philippe. Pour aggraver la situation, ils rappellent que Jésus avait fait l'éloge de Jean-Baptiste, en prenant sa défense dans un discours public (Mc 11, 9-11 ). Bien plus, Jésus n'avait aucun respect pour le tétrarque et l'avait même outragé, en l'appelant « renard » (Lc 13, 32). Les grands prêtres et les scribes sont là ; ils accusent Jésus avec hargne et acharnement (Lc 23, 10). Hérode et ses courtisans le traitent avec mépris et se moquent de lui (Lc 23, 11 ). « Mais Jésus ne répondit rien » (Le 23, 9). Jésus ne voulut pas répondre à Hérode parce qu'il le voyait comme un homme vicieux, dissolu, cruel et ayant horreur de la vérité, au point de faire couper la tête à Jean-Baptiste, qui était la voix de Jésus-Christ, parce qu'il lui avait fait connaître la vérité. Comment donc le Seigneur n'aurait-il pas gardé le silence devant celui qui avait enlevé la vie de sa voix ?

23 - Que deviendra notre monde s'il ne recherche pas des espaces de silence ? Le repos intérieur et l'harmonie ne peuvent découler que du silence. Sans lui, la vie n'existe pas. Les plus grands mystères du monde naissent et se déploient dans le silence. Comment la nature se développe-t-elle ? Dans le plus grand silence. Un arbre pousse dans le silence, et les sources d'eau coulent d'abord dans le silence de la terre. Le soleil qui se lève sur la terre nous réchauffe, étincelant et grandiose, dans le silence. L'extraordinaire est toujours silencieux.
Dans le ventre de sa mère, l'enfant grandit en silence. Quand un nourrisson dore dans son berceau, ses parents aiment à le couver du regard en silence, pour ne pas le réveiller ; ce spectacle ne peut se contempler qu'en silence, dans l'émerveillement du mystère de l'homme en sa pureté originelle.

 

 

 

  • Résolution : Nous sommes dans la Semaine sainte, nous cotinuons à nous éloigner du bruit ambiant pour essayer d'entrer en intimité avec le Christ, la Vierge Marie et les disciples pour cheminer avec eux vers Jérusalem (mais pas seul, avec nos frères et sœurs)

 


 

 


Prière à notre-Dame du silence

O Marie silencieuse, Toi qui as tout imaginé sans parler, au-delà de toute vision humaine, aide-moi à entrer dans le mystère du Christ doucement et en profondeur, comme un pèlerin brûlant de soif qui entre dans une grotte sombre au fond de laquelle il entend couler de l'eau paisiblement. Fais que, tout d'abord, je m'agenouille pour adorer. Et qu'ensuite, je touche le rocher avec confiance, pour entrer en toute sérénité dans le mystère. Enfin, fais que j’apaise ma soif dans l'eau de la Parole en silence comme Toi. Alors, ô Marie, le secret de ton Fils Crucifié me sera peut-être révélé dans son immensité infinie, et les images et les mots tomberont pour laisser la place uniquement à l'Infini. Amen


 

*Sources utilisées pour le carême 2021

 

La force du silence, contre la dictature du bruit
du cardinal Robert Sarah, éditions Fayard

 

Le chemin du silence, manuel pour ceux qui cherchent le bonheur
de frère Emiliano Antenucci, recteur du sanctuaire de Notre-Dame du silence en Italie. Editions du Carmel