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2 - Histoire des apparitions - 1917

Les apparitions de la Vierge
Le 13 mai 1917.

Un peu plus de six mois plus tard, le Ciel devait s’ouvrir de nouveau, mais cette fois c’était pour donner passage à sa Reine, qui allait apporter le grand message pour notre temps.

Une première lueur leur fait penser à la montée d’un orage. Ils descendent la pente avec leurs brebis. Mais une autre lueur les surprend. Ils avancent encore un peu...

Au-dessus d’un petit chêne vert, l’apparition céleste s’offre à eux. Au comble de l’étonnement, ils demeurent immobiles, enveloppés par la lumière qui émane de cette vision radieuse : C’était, décrit Lucie, une Dame vêtue de blanc, plus brillante que le soleil, qui rayonnait une lumière plus vive et plus intense qu’une coupe de cristal remplie d’eau pure, traversée par les rayons ardents du soleil. 

D’une voix douce et toute maternelle, la belle Dame les rassure : « N’ayez pas peur !, dit-elle. Je ne vous ferai pas de mal. »  

Lucie alors s’enhardit à lui demander : « D’où êtes-vous? »

- Je suis du Ciel. 

- Et que voulez-vous de moi ?, poursuit Lucie avec plus d’assurance. 

- Je suis venue pour vous demander de venir ici six mois de suite, le 13 de chaque mois, à cette même heure. Plus tard je vous dirai qui je suis et ce que je veux. 

- Et moi, demande-t-elle d’une voix toute tremblante, j’irai aussi au Ciel ? 

- Oui, tu iras.

- Et Jacinthe ?

- Aussi. 

- Et François ?

- Oui, il ira ; mais il devra dire beaucoup de chapelets.

- Et Marie du Rosaire, la fille de José das Neves, est-elle au Ciel ?

- Oui, répond la Dame.     

- Et Amélie ?

- Elle sera au purgatoire jusqu’à fin du monde.

Les yeux de Lucie se remplissent de larmes. C’est alors que Notre Dame, telle une mère affligée, demande aux enfants : - Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en actes de réparation pour les péchés qui l’offensent et de supplication pour la conversion des pécheurs ?

- Oui, nous le voulons ! 

- Eh bien, vous aurez beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort. 

En prononçant ces paroles, explique Lucie, la Dame ouvrit les mains et projeta sur nous une lumière intense, comme un reflet qui jaillissait de ses mains ouvertes et pénétrait notre poitrine et jusqu’au plus intime de notre âme. Cette lumière nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu, qui était cette lumière, plus clairement que dans un miroir. Alors, saisis par une impulsion intérieure, qui nous était également communiquée, nous tombâmes à genoux, en répétant du fond du cœur : «O très Sainte Trinité, je vous adore !... Mon Dieu, mon Dieu, je vous aime dans le très Saint-Sacrement  !...» 

Les enfants demeurèrent ainsi, quelques instants, dans cet océan de lumière où la Vierge les avait plongés. 

- Dites le chapelet tous les jours, ajouta enfin la blanche Dame, afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre. 

Ainsi se termina la première conversation de la Reine des Cieux avec les trois petits paysans portugais. Elle se mit alors à s’élever doucement dans la direction du Levant, jusqu’à disparaître dans l’immensité de l’espace, entourée d’une vive lumière qui semblait lui ouvrir un chemin à travers le firmament.

Les trois petits demeurèrent encore quelques temps comme fascinés, le regard levé vers le ciel, fixant le point où la céleste vision avait disparu. Ils passèrent l’aprèsmidi à se remémorer et à savourer les moindres détails de cet événement extraordinaire. Une allégresse exubérante remplissait leur âme et débordait surtout du cœur de Jacinthe. Une certaine tristesse s’y mêlait dans l’âme de Lucie et la faisait, de temps en temps, rester silencieuse et songeuse. Elle répétait et méditait les paroles, qu’avec une tristesse si poignante, lui avait dites la Vierge : « Voulez-vous vous offrir à Dieu... »

- Oh !, quelle belle Dame !, répétait de nouveau Jacinthe. 

François, de son côté, restait songeur... Il n'avait pas entendu les paroles de la Vierge et il se les fit répéter par Lucie et par Jacinthe. Ils continuèrent à parler de la belle Dame et de ce qu'elle leur avait dit, jusqu'au moment où ils s'aperçurent que le soleil allait disparaître. Ils rassemblèrent alors les brebis et rentrèrent à la maison. Sur le chemin du retour, Lucie recommanda à ses cousins le silence le plus absolu, pour le moment, à l'égard de tous « même de ta mère ! », ajouta-t-elle, menaçant du doigt Jacinthe. 

- Nous ne dirons rien à personne, assurèrent le frère et la sœur. 

Mais la voix de Jacinthe, où l'enthousiasme continuait à s'exprimer, laissait deviner que sa résolution serait bien fragile. Lucie, qui était déjà une petite personne sérieuse, sensée, sut garder le secret vis-à-vis de sa mère et de ses sœurs. Elle soupa, pria en famille et alla se coucher.     

Mais comment la petite Jacinthe, qui sentait son cœur éclater de joie, aurait-elle pu garder complètement le secret de ce qu'elle avait vu et entendu, surtout avec sa mère, à qui elle avait l'habitude de raconter tout ce qui lui arrivait dans sa vie de tous les jours ? D'autant plus qu'elle ne voyait pas de raison pour ne pas communiquer à sa mère un peu de cette joie... Jacinthe, de fait, parut avoir complètement oublié les solennelles promesses faites à sa cousine. Et tandis que François demeurait dans la cour de la maison, elle courut aussitôt à la cuisine, à la recherche de sa mère, qu’elle trouva avec son père, pour lui faire part de l'événement... « C'était une Dame si belle, si jolie !... Elle avait une robe blanche et un cordon doré autour du cou, qui descendait jusqu'à la poitrine... La tête était couverte d'une mante, blanche aussi, tellement blanche, je ne sais comment dire, mais plus blanche que du lait... et qui descendait jusqu'aux pieds... toute brodée d'or. Oh ! que c'était joli ! La Dame avait les mains jointes, entre les doigts elle avait un chapelet. Ah ! quel joli chapelet elle avait !... tout en or, brillant comme les étoiles de la nuit et un crucifix qui brillait... qui brillait... Ah! quelle belle Dame !... Elle a parlé beaucoup avec Lucie, mais ne m'a pas parlé à moi, ni à François... mais j'entendais tout ce qu'elles se disaient. Oh, Maman ! il faut dire le chapelet tous les jours... La Dame l'a dit à Lucie. Elle a dit aussi qu'elle nous emmènerait tous les trois au Ciel, Lucie, François et moi aussi... Elle a dit encore beaucoup d'autres choses que je ne me rappelle plus... mais Lucie le sait. C'était si beau le Ciel !... Il y avait là comme beaucoup de roses sauvages !... » 

François, qui pensait que sa sœur allait finir par dévoiler sa vision, confirma les déclarations de Jacinthe. Ses sœurs écoutaient avec intérêt. Mais ses frères plus âgés se moquaient d'elle. 

M. Marto, leur père, leur dit impressionné : « Je pense que Notre Dame est déjà apparue souvent et de bien des manières, depuis que le monde est monde... Voilà ce qui compte... Si le monde est mauvais, il serait pire s'il ne s'était pas produit des événements de ce genre-là. Le pouvoir de Dieu est grand ! Nous ne savons pas ce qu'il en est de ceci, mais ce pourrait bien être quelque chose... Qu'il en soit ce que Dieu voudra ! J'ai la conviction que c'est vrai ce que les enfants disent... Ils n'ont aucune instruction, pas la moindre ! Si la Providence ne vous avait pas envoyé d'aide, vous n'auriez pu dire de pareilles choses... Et quant à mentir ? Ah, Jésus ! je sais que vous êtes tellement opposé à cela !... » 

Le premier à croire

« Ti » Marto fut le premier à croire à la vérité des apparitions. Il fut le premier croyant de ces apparitions qui allaient bouleverser le monde et faire accourir les foules de tout le Portugal et du monde entier. M. Marto connaissait assez ses enfants et Lucie, pour exclure toute probabilité et même toute possibilité de mensonge ou de tromperie de leur part. Ils étaient si simples, ses petits, si sincères ! Leur regard transparent laissait voir le fond de leur cœur.     

Quand, treize ans plus tard, I'évêque de Leiria publiera sa Lettre pastorale sur le culte de Notre Dame de Fatima et déclarera dignes de foi les visions des enfants à la Cova da Iria, il ne fera que développer, d'une manière théologique, les considérations que le père Marto, tout illettré qu'il était, avait déjà énoncées, en ce soir du 13 mai 1917, à la lueur d'une petite lampe à huile, en mangeant son écuelle de choux et de pommes de terre...

Le 13 juin 1917

C’est la fête de saint Antoine, le patron du Portugal, et la fête dans toutes les églises. Tout le monde est à Fatima. Seuls, les voyants et un petit groupe se sont rendus à la Cova da Iria. Lucie s'éloigne un peu et se met à l'ombre d'un grand chêne vert. Il fait très chaud. Lucie s'assied près de l'arbre, François et Jacinthe de chaque côté d'elle. Ils se mettent à manger des graines de lupin et à s'amuser avec les autres enfants. Mais à mesure que le temps passe, Lucie devient plus grave, plus songeuse. Jacinthe, elle, continue à s'amuser et Lucie lui dit : 

- Tiens-toi tranquille, Jacinthe ! Notre Dame va venir ! 

Lucie attend les signes qui annoncent l'apparition. Les 50 personnes présentes disent ensemble le chapelet et, au moment de commencer les litanies, Lucie les arrête en disant qu'il n'y a plus assez de temps pour les réciter. Soudain elle se lève et s'écrie : 

- Jacinthe, Notre Dame va venir ; voilà l'éclair ! Tous les trois courent vers le chêne vert et tout le monde les suit. Lucie lève les mains, comme si elle priait et elle dit : 

- Vous m'avez demandé de venir ici. Dites-moi, s'il vous plaît, ce que vous voulez. 

Les participants entendaient quelque chose comme un son de voix très léger ; mais ils ne comprenaient pas ce qui se disait ; c'était comme le bourdonnement d'une abeille. 

- Je veux que vous veniez ici le 13 du mois prochain, que vous récitiez le chapelet tous les jours et que vous appreniez à lire. Plus tard, je vous dirai ce que je veux.     

Lucie s’enhardit alors à demander la guérison d’un malade qui lui avait été recommandé. Notre Dame lui répond que, s’il se convertissait, il guérirait dans l’année. La petite voyante, encouragée par cette réponse, la supplia :     

- Je voudrais vous demander de nous emmener au Ciel !    

- Oui, répondit la très Sainte Vierge, Jacinthe et François je vais les emmener bientôt. Mais toi, tu resteras ici encore quelques temps. Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur immaculé.

- Je resterai ici toute seule ?, demanda Lucie, un peu effrayée.        

- Non, ma fille ! Tu souffres beaucoup ?... Je ne t’abandonnerai jamais. Mon Cœur immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.     

Ces paroles se gravèrent profondément dans l’âme de la petite bergère. Elle ira toujours puiser, dans le Cœur immaculé de sa Mère du Ciel, le réconfort et la consolation dont elle aura besoin, le soutien dans la lutte terrible qu’elle aura à soutenir contre l’enfer et le monde, coalisés pour ébranler sa foi et essayer d’empêcher que les apparitions de Fatima ne produisent toute la somme de bien et de grâce prévue par la divine Providence. 

« Ce fut au moment même où elle disait ces derniers mots, raconte Lucie, que la Vierge ouvrit encore les mains et nous communiqua, pour la seconde fois, le reflet de la lumière immense qui l’enveloppait. Dans cette lumière, nous nous voyions comme submergés en Dieu. Jacinthe et François semblaient se trouver dans la partie de la lumière qui s’élevait vers le Ciel et moi, dans celle qui se répandait sur la terre. Dans la paume de la main droite de Notre Dame, se trouvait un Cœur entouré d’épines qui s’y enfonçaient. Nous comprîmes que c’était le Cœur immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation. » 

Comme dans la première apparition et comme dans les apparitions suivantes, la Vierge parlait seulement avec Lucie. Jacinthe entendait les paroles de l’une et de l’autre, mais François n’entendait rien et c’était Lucie qui lui donnait connaissance, ensuite, de ce qui avait été dit. Quel fut le motif de cette différence ? Nous n’en savons rien. Notre Seigneur distribue ses grâces comme il veut et dans la mesure où il le veut.

Lorsque Notre Dame s’éloigna de l’arbuste, il y eut comme le souffle d’une fusée d’artifice, quand on l’entend monter au loin. Lucie se leva très vite et, le bras tendu, disait : «Voyez, elle s’en va, elle s’en va !...» Quant aux personnes présentes, elles ne voyaient rien... seulement un petit nuage, distant du feuillage de l’arbuste d’une main ouverte, qui s’élevait doucement vers le Levant, jusqu’au moment où il se dissipa. 

Le 13 juillet 1917

Plus joyeux que jamais, les trois petits bergers arrivent et passent au milieu de la foule qui remplit déjà les chemins et les assaille pour les voir de près, les interroger et leur faire des demandes pour la très Sainte Vierge. Lucie s’agenouille, dit le chapelet et tous répondaient à haute voix. Le chapelet terminé, elle se lève si rapidement qu’elle ne semble pas le faire d’elle-même. Elle regarde vers le Levant et s’écrie : « Fermez les parasols ! Notre Dame arrive ! »

Le soleil s’obscurcit et un souffle frais, agréable, se fait sentir. 

En présence de la vision céleste, une allégresse incroyable, une paix immense, remplissent le cœur des enfants, spécialement de Lucie, qui reste muette d’étonnement. Avec une tendresse infinie, comme une mère penchée sur son petit enfant malade, la Vierge pose son regard un peu triste sur Lucie, qui avait fini par écouter Monsieur le curé qui disait que c’était le démon, comme pour lui dire : - «C’est moi... Je viens du Ciel... En enfer il ne peut pas y avoir tant de blancheur... tant de lumière. Surtout, il n’y a pas tant de bonté et de douceur...» 

Lucie demeure absorbée dans sa contemplation, comme en extase... 

Humblement, comme pour lui demander pardon d’avoir douté d’elle, Lucie demande, une fois de plus : - Que voulez-vous de moi ?

- Je veux que l’on revienne ici le 13 du mois prochain ; que l’on continue à réciter le chapelet tous les jours, en l’honneur de Notre Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, car elle seule peut vous secourir.     

Lucie, pensant à sa mère qui ne voulait pas croire... aux gens qui se moquaient... à Monsieur Ie curé qui disait que ce pourrait être une chose mauvaise, en profite pour ajouter :     

- Je voudrais vous demander de nous dire qui vous êtes et de faire un miracle pour que tout le monde croie que vous nous apparaissez.    

- Que l’on continue à venir ici tous les mois. En octobre, je dirai qui je suis et ce que je veux ; et je ferai un miracle que tout le monde verra pour croire. 

Tout heureuse et sans perdre de temps, Lucie se met à présenter à la Vierge les demandes qu’on lui a confiées. Notre Dame, avec une indulgence maternelle, répond qu’elle guérira les uns, les autres non. Quant au fils estropié de Maria Carreira, elle ne le guérira pas, il restera pauvre mais il doit réciter tous les jours le chapelet avec sa famille et il pourra gagner sa vie. Un de ceux qui s’étaient recommandés à Notre Dame, un malade de Atouguia, avait demandé à aller bientôt au Ciel. « Qu’il ne soit pas trop pressé, répond Notre Dame. Je sais bien quand je dois venir le chercher. » 

On demandait aussi des conversions : une femme de Fatima et ses enfants ; une autre de Pedrogao... des buveurs à corriger de leur vice... d’autres guérisons... Tous devaient réciter le chapelet ; telle était la condition générale pour obtenir les grâces demandées.   

Afin de ranimer la ferveur refroidie par le doute de Lucie, la Vierge lui recommande de nouveau la nécessité du sacrifice et confie aux enfants un nouveau secret : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs, dit-elle, et dites souvent, spécialement chaque fois que vous ferez un sacrifice : O Jésus, c’est pour votre amour, pour la conversion des pécheurs et en réparation pour les péchés commis contre le Cœur immaculé de Marie. » 

«En disant ces paroles, raconte Lucie dans ses «Mémoires» la très Sainte Vierge ouvrit de nouveau les mains, comme elle l’avait fait les mois précédents. Le reflet qui en jaillissait parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu et, plongés dans ce feu, les démons et les âmes (des damnés), semblables à des braises transparentes, noires et brunies, avec une forme humaine, flottant dans cet incendie et soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes avec des nuages de fumée, tombant de tous côtés comme les étincelles des grands incendies, sans poids, ni équilibre, au milieu de cris et de gémissements de douleur et de désespoir, qui épouvantaient et faisaient trembler de frayeur. On reconnaissait les démons à leurs formes horribles et repoussantes d’animaux extraordinaires et inconnus, mais transparentes et semblables à des charbons embrasés.» Le visage de Lucie devint livide, elle cria : «Ah, Notre Dame ! Ah, Notre Dame !» 

Tous les trois, effrayés, levèrent les yeux vers la Vierge, qui leur dit avec bonté et tristesse : 

- Vous avez vu l’enfer, où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et on aura la paix ! La guerre va finir ; mais si l’on ne cesse pas d’offenser Dieu, une autre, pire, va commencer sous le règne de Pie XI. Quand vous verrez une nuit éclairée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’il va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Eglise et contre le Saint-Père. Pour empêcher (cette guerre) je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis. Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix ; sinon elle répandra ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise. Les bons seront martyrisés,  

le Saint-Père aura beaucoup à souffrir ; plusieurs nations seront anéanties. Finalement, mon Cœur immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, qui se convertira et il sera donné au monde un certain temps de paix. Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi... Ceci, ne le dites à personne. A François seulement vous pouvez le dire. Quand vous dites le chapelet, dites après chaque dizaine : O mon Jésus, pardonnez-nous ! Préservez-nous du feu de l’enfer ! Attirez au Ciel toutes les âmes, principalement celles qui en ont le plus besoin.» 

En face des choses terribles qu’ils venaient de voir et d’entendre, les enfants restaient sans paroles, comme privés de leurs sens. Après quelques instants de silence, Lucie posa cependant une dernière question : 

- Vous n’avez plus rien à me demander ?     

- Non, aujourd’hui je ne te demande plus rien.     

Il y eut alors une sorte de coup de tonnerre marquant la fin de l’apparition. Lucie s’écria, en montrant le ciel : - Elle s’en va ! Elle s’en va !... Et après quelques instants : On ne la voit déjà plus.

L’entretien était terminé ; et la Vierge, comme précédemment, s’était élevée vers le même point du ciel d’où elle était venue, jusqu’à disparaître dans l’immensité bleue. Lorsque se fut dissipé le nuage cendré qui planait sur le chêne vert et que tout le monde se fut remis de ses émotions, les enfants se virent, plus que jamais, entourés et harcelés de questions : - Oh, Lucie ! qu’est-ce que Notre Dame t’a dit, pour que tu sois devenue si triste ?, Iui demanda-t-on. - C’est un secret, répondit-elle, je ne peux pas le dire ! 

« L’aurore boréale » 

Au sujet de l’aurore boréale extraordinaire, qui illumina le ciel dans la nuit du 24 au 25 janvier 1938, Lucie y reconnut le signe annoncé par la Sainte Vierge le 13 juillet 1917. C’est ainsi que, convaincue qu’une nouvelle guerre mondiale allait éclater (qui serait « horrible, horrible », écrivait-elle à l’évêque de Leiria), elle fit tout son possible pour hâter la réalisation des demandes faites par Notre Dame. Elle dut, cependant, se con-vaincre bientôt que l’heure de la miséricorde n’était pas encore venue. Il est bien clair que la seconde guerre mondiale a été annoncée par la très Sainte Vierge aux petits voyants de Fatima, ainsi que le développement du communisme à travers le monde.

Le 13 août 1917

6 000 personnes étaient présentes, beaucoup étaient venues à pied, d’autres étaient venues montées sur leurs ânes, à bicyclette ou en voiture... Autour du chêne vert, on priait, on chantait les cantiques de l’Eglise. Mais les petits tardaient à venir, quand quelqu’un annonça que l’administrateur avait enlevé les enfants... Ce fut un tollé de protestation !

Soudain, un coup de tonnerre semblable à celui de la fois précédente. Tout le monde se tut, effrayé ! Puis, un éclair et aussitôt un petit nuage, très beau, de couleur blanche, très léger, plana quelques instants au-dessus du chêne vert, il s’éleva ensuite vers le ciel et disparut dans les airs. Les visages des gens avaient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : rose, rouge, bleu... Les arbres ne paraissaient pas avoir des rameaux et des feuilles, mais seulement des fleurs ; tous paraissaient chargés de fleurs et chaque feuille paraissait une fleur. Le sol était comme recouvert de carreaux de couleurs différentes. Les vêtements aussi étaient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Les deux lanternes attachées à l’arceau paraissaient être en or : Notre Dame est venue, comme promis...

Le grand combat était commencé contre les apparitions... Les enfants avaient été habilement enlevés par l’administrateur qui les relâcha le 15 août suivant les déposant devant l’habitation du curé de Fatima. Il n’est pas difficile d’imaginer les protestations de la population qui commençait à y croire et que le combat de l’administration ne faisait que renforcer dans cette croyance.

Le 19 août 1917

Il était à peu près 4 heures de l’après-midi, quand Lucie commença à remarquer les changements dans l’atmosphère qui précédaient les apparitions de Notre Dame à la Cova da Iria : un rafraîchissement subit de la température, une diminution de la lumière solaire, enfin l’éclair caractéristique. 

Quelques instants après, la lumineuse apparition se montrait au-dessus d’un chêne vert, un peu plus élevé que celui de la Cova da Iria. Notre Mère du Ciel récompensait ainsi ses trois petits amis, restés fidèles dans des circonstances si difficiles.     

- Que voulez-vous de moi ?, demanda Lucie, toujours aussi confiante.     

- Je veux que vous continuiez à aller à la Cova da Iria le 13 et que vous continuiez à dire le chapelet tous les jours.

Lucie redemande à Notre Dame de faire un miracle, pour que tout le monde croie. 

- Oui, répond la Vierge, le dernier mois, en octobre, je ferai un miracle pour que tout le monde croie à mes apparitions. Si on ne vous avait pas emmenés à la ville, le miracle aurait été plus grandiose. Saint Joseph viendra avec l’Enfant Jésus, pour donner la paix au monde. Notre Seigneur viendra aussi pour bénir le peuple. Notre Dame des Douleurs viendra aussi et Notre Dame du Carmel. 

Lucie se souvient alors de demander ce qu’il faut faire de l’argent déposé par les pèlerins à la Cova da Iria. 

- Que l’on fasse deux brancards de procession, répond la Vierge. Tu porteras l’un avec Jacinthe et deux autres petites filles vêtues de blanc. L’autre sera porté par François et trois autres petits garçons, vêtus aussi de manteaux blancs. Ce sera pour la fête de Notre Dame du Rosaire. Ce qui restera de l’argent servira pour aider à construire une chapelle. 

Enfin l’enfant n’oublie pas de recommander à la Vierge des malades dont on avait demandé la guérison. « Oui, dit Notre Dame, j’en guérirai quelques-uns dans l’année. » Mais, prenant un air très triste, elle ajoute : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs ! Car il y a beaucoup d’âmes qui vont en enfer, parce qu’il n’y a personne qui se sacrifie et prie pour elles.»     

La Vierge, à ce moment, prend congé de ses petits confidents et se met à s’élever, comme précédemment, dans la direction du Levant laissant dans l’âme des petits bergers un grand désir du Ciel et un véritable appétit de nouveaux sacrifices, afin d’ouvrir la porte du Paradis à tant de pauvres pécheurs.     

Les enfants, cette fois, voulurent cueillir eux-mêmes un rameau du chêne vert sur lequel s’étaient posés les pieds de la Vierge. Ils tenaient à la main le précieux rameau de chêne vert, souvenir de l’Apparition. En entrant dans le hameau, ils trouvèrent, à la porte de la maison, la mère de Lucie et d’autres personnes. Jacinthe dit : Voyez, ma tante ! Notre Dame avait un pied sur cette petite branche et un autre sur celle-ci. 

- Montre-la moi...

- Mais quelle est cette odeur ?, dit-elle, un peu ébranlée, on sent le parfum de rose ! Quelques jours après, nous suivions un chemin avec nos brebis et je trouvai un morceau de corde tombé d’une charral. Je dis alors à mes cousins : « Regardez, cela fait mal ! Nous pourrions nous l’attacher à la taille et offrir à Dieu ce sacrifice.» Soit à cause de la grosseur et de la rudesse de la corde, soit parce que, quelquefois, nous la seette. Je le pris et je m’amusai à l’attacher à un de mes bras. Je ne tardai pas à remarquer que la corde me faisait mrrions trop, cet instrument nous faisait souffrir horriblement. Jacinthe, parfois, laissait tomber quelques larmes à cause de la gêne que la corde lui causait... 

Le 13 septembre 1917

Les enfants arrivent et Lucie, comme de coutume, demande à la foule de plus en plus importante, de réciter le chapelet avec elle. Tous se mettent à genoux, riches et pauvres, et répondent à haute voix. La prière n’est pas encore terminée que Notre Dame est devant eux, sur le petit chêne vert.    

- Que voulez-vous de moi ?, demande, comme toujours, Lucie.     

- Continuez à réciter le chapelet tous les jours pour obtenir la fin de la guerre !, lui répond la Vierge. En octobre, viendront aussi  Notre Seigneur et saint Joseph avec l’Enfant Jésus, pour bénir le monde. Elle ajoute : Dieu est content de vos sacrifices, mais il ne veut pas que vous dormiez avec la corde. Portez-la seulement pendant le jour.     

- On m’a priée de vous demander beaucoup de choses, dit Lucie : Une petite fille qui est sourde... Vous ne voulez pas la guérir ?     

- Au cours de l’année elle éprouvera du mieux... J’en guérirai quelques-uns ; les autres, non, parce que Notre Seigneur ne se fie pas à eux. 

L’obstacle pour obtenir le miracle souhaité serait donc, pour les uns, le manque de dispositions suffisantes ; quant aux autres, la maladie sera pour eux un plus grand bien que la guérison. 

- Il y a beaucoup de gens, ajoute Lucie, qui disent que je suis une trompeuse, que je mériterais d’être pendue ou brûlée. Faites un miracle, pour que tous croient !     

- Oui, répond encore une fois la Vierge, en octobre je ferai un miracle pour que tout le monde croie.     

Après ces dernières paroles, la blanche vision s’en va et s’élève de nouveau vers le ciel. Lucie crie alors à la foule : « Si vous voulez la voir, regardez par-là ! » Et elle indique le Levant. Tous les yeux se tournent avidement dans la direction indiquée et beaucoup peuvent alors remarquer le phénomène : le globe lumineux, qui semblait reconduire la Reine des Anges à sa demeure céleste.

Le 13 octobre 1917
Le miracle du soleil

Le chemin n’était que boue gluante. La foule est si serrée qu’on ne peut la traverser. A l’heure de midi, heure solaire, les trois enfants voient l’éclair et Lucie cria : « Silence ! Notre Dame va venir !» Le visage des voyants prit alors une expression surnaturelle. La couleur de leur visage devint plus délicate et leurs traits plus fins. Lucie entre en communication directe avec le Ciel et n’entendit même pas sa mère, qui était enfin là, lui dire : «Regarde bien, ma fille ! Prends garde de ne pas te tromper ! » Une nuée cendrée, comme un léger nuage d’encens, entourait le groupe des trois enfants. 

- Que voulez-vous de moi ?, dit de nouveau Lucie, spontanément et avec ingénuité.     

- Je veux te dire, répond la Vierge, que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre Dame du Rosaire. Que l’on continue toujours à dire le chapelet tous les jours ! La guerre va finir et les militaires reviendront bientôt chez eux.     

- J’aurais beaucoup de demandes à vous faire : des guérisons, des conversions... Voulez-vous les accorder ?     

- Les unes, oui, les autres, non. Il faut qu’ils se corrigent, qu’ils demandent pardon de leurs péchés ! Et prenant un aspect plus triste, la Vierge ajoute : - Que l’on n’offense pas davantage Dieu, Notre Seigneur, car il est déjà trop offensé !      

- Vous ne voulez rien de plus de moi ?, demande enfin la petite.     

- Non, je ne demande plus rien.     

- Alors, je ne demande plus rien non plus.

Et Notre Dame du Rosaire prend congé, une dernière fois, de ses trois petits confidents. Elle ouvre les mains, en les opposant au soleil et, tout en s’élevant dans les airs, elle continue à projeter sa propre lumière sur le soleil.     

Lucie, poussée par un mouvement intérieur et sans quitter des yeux la radieuse apparition, s’écrie à ce moment : « Elle s’en va !... Regardez le soleil ! » Les nuages s’étaient soudain dissipés et il brillait maintenant dans un ciel serein. Après que Notre Dame eût disparu dans l’immensité du firmament, les enfants virent, près du soleil, saint Joseph avec l’Enfant Jésus et Notre Dame vêtue d’une robe blanche et d’un manteau bleu : la Sainte Famille. Saint Joseph et l’Enfant Jésus paraissaient bénir la foule, en faisant le signe de la croix avec la main. 

Peu de temps après, cette vision disparut et Lucie vit Notre Seigneur apparaître, à droite du soleil, vêtu de rouge et bénissant aussi la foule. Elle vit également la très Sainte Vierge, vêtue de violet, comme on représente, au Portugal, Notre Dame des Douleurs, mais sans les épées sur la poitrine. Cette vision une fois évanouie, Lucie vit encore la Vierge sous l’aspect de Notre Dame du Carmel, tenant le scapulaire dans la main droite. 

Tandis que les enfants, extasiés, contemplaient les personnages célestes, le miracle annoncé se produisit aux yeux de tout le peuple réuni, un prodige stupéfiant tel que personne ne pouvait le prévoir. Le père de Jacinthe et de François nous le décrit ainsi : 

« Tout à coup, la pluie a cessé, les nuages se sont écartés, laissant la place au soleil...On pouvait le regarder parfaitement sans en être incommodé. On aurait dit qu’il s’éteignait et se rallumait, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre. Il lançait des faisceaux de lumière, d’un côté et de l’autre et peignait tout de différentes couleurs : les arbres, les gens, le sol, I’air. Le soleil ne faisait pas mal aux yeux. Tout le monde était immobile et silencieux... Tous regardaient le ciel. A un certain moment, le soleil s’arrêta et puis recommença à danser, à tournoyer ; il s’arrêta encore une fois et se remit une nouvelle fois à danser, jusqu’au moment, enfin, où il parut se détacher du ciel et s’avancer sur nous. Il dégageait une forte chaleur. Ce fut un instant terrible, tout le monde croyait mourir ! »

Les 70 000 personnes présentes, croyantes ou incroyantes, étaient à genoux, dans la boue... Tout le monde pleurait, tout le monde priait, les hommes le chapeau à la main, sous l'impression grandiose du «miracle» attendu ! Ce furent des secondes, des instants, qui parurent des heures, tant elles furent intensément vécues ! Certains confessaient tout haut leurs péchés, d’autres récitaient l’acte de contrition ! Finalement, le soleil s’arrêta et tous poussèrent un soupir de soulagement : ils étaient vivants ! Tous se relevèrent, les vêtements secs et même, a-t-on remarqué, ils étaient pro-pres. Le miracle que les enfants avaient annoncé a eu lieu. Croyants et incroyants ont témoigné du fait.